« Certains élèves, sans être extrêmement violents, sont pour le moins réticents ou volontairement désinvoltes dès que le mot Shoah est prononcé en cours. » De nombreux professeurs se sentent désarmés. s'est engagé à renforcer la formation et les "ressources pédagogiques" pour dissiper le malaise.

Suffit-il pour autant d’en faire encore plus de la même manière ? Il faudrait sans doute surtout parler autrement des grands massacres du passé. Il faudrait répondre de manière plus juste ; développer les capacités de raisonnement, d’ouverture à l’autre et d’espérance des élèves.

« Mais, Monsieur, pourquoi la d’un Palestinien ou l’ d’un noir pèsent-ils bien moins lourd dans les médias et les programmes d’histoire que le génocide des juifs ? » Reconnaître la réalité du déséquilibre est un acte de justice qui apporte un réel apaisement dans les classes. Être juste demande aussi de rappeler aux élèves qu’ils peuvent eux aussi être plus sensibles à certaines réalités qu’à d’autres et que notre époque parle tout de même plus des souffrances des Palestiniens ou des esclaves noirs que des victimes des pirates barbaresques ou de l’avortement.

Certains élèves font des « quenelles ». La provocation adolescente rejoint le jeu de la provocation maximale joué par l’humoriste Dieudonné. Comme lui, ils renvoient une caricature radicalement inversée de la mémoire officielle des génocides au nom de l’oubli de leurs propres souffrances mémorielles. Comme lui, ils en viennent à redonner une place à des antisémites et négationnistes.

Répondre à ce mouvement par un discours moralisateur est inutile. Il faut surtout réapprendre aux élèves les bases du raisonnement critique. Montrer par exemple que Robert Faurisson se perd dans des détails et oublie la question essentielle. Comment expliquer que tant de juifs soient morts, et dans une proportion si supérieure à celle de leurs compatriotes ? C’est aussi un juste raisonnement qui montre qu’en histoire, il n’y a pas de complots, mais des réseaux et des raisons. Le Conseil représentatif des institutions juives de France ne représente pas tous les juifs. Il ne tire pas des ficelles, mais porte des idées de rejet de l’exclusion qui ont un large écho dans notre époque.

« Mais, Monsieur, pourquoi perdre son temps à étudier les religions d’avant l’islam ? » Certains élèves ne veulent pas découvrir l’histoire et les pensées des « autres » au nom des souffrances des leurs. C’est pourtant dans la recherche de la vérité que peut naître la réconciliation. Je leur dis qu’il ne leur est pas demandé d’approuver, par exemple, la politique israélienne, mais d’en connaître les racines.

« Mais, Monsieur, c’est mal de tuer des juifs ? », petit sourire en coin. Le professeur va-t-il nous faire la morale ? Pour ne pas tomber dans le piège du moralisme à grosse voix et sourcils froncés, il faut sortir de la fascination contemporaine du mal et des batailles morbides de lancer de cadavres pour savoir qui a eu le plus de victimes. Il faut passer du spectacle du mal absolu à la contemplation de la liberté humaine en action. Il faut faire un cours d’histoire qui présente les faits en les séparant du jugement moral. Il faut aussi affiner ce jugement moral en montrant comment certains ont choisi de dénoncer des juifs, d’autres ont fait semblant de ne pas les avoir remarqués et quelques-uns les ont sauvés, comme le prêtre Maximilien Kolbe, à Auschwitz en s’offrant pour prendre la place d’un père de famille.

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31 janvier 2014

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