Editoriaux - International - Sport - Table - 14 février 2015

Leclerc, le bon Samaritain ?

Michel-Édouard Leclerc était invité sur BFM TV en début de semaine. Le saint homme s’est donné comme mission d’améliorer le pouvoir d’achat des Français. Comme son ancien séminariste de père, cet homme est la bonté même. Les fortunes réalisées par lui et ses affidés ne sont que des bienfaits collatéraux de son grand œuvre.

La réalité n’est pas tout à fait aussi belle. J’ai vu, personnellement vu, des commerciaux sortir en pleurs de séances de négociations avec les apparatchiks en bras de chemise du groupe Leclerc. Et on ne compte plus les petites entreprises qui ont disparu, écrasées par la pression de la grande distribution.

Alors de quel pouvoir d’achat parle Michel-Édouard Leclerc ? De celui des salariés de ses fournisseurs, de celui des chauffeurs de ses transporteurs, de celui des salariés de ses magasins ? Je vais vous surprendre, mais non, pas du tout.

Il défend le pouvoir d’achat des fonctionnaires, des salariés de toutes les entreprises qui ne dépendent pas de la grande distribution : assurances, banques, secteur automobile, etc. Qui bénéficient des prix bas sans souffrir de la pression sur les prix de vente. Il défend ces pouvoirs d’achat à court terme, et il le fait au détriment de tous les salariés des secteurs qui sont ses fournisseurs, directs ou indirects.

Je dis à court terme, parce que quand toutes les petites entreprises auront mis la clef sous la porte, qu’il y aura 10 millions de chômeurs, les revenus de ces secteurs encore protégés prendront une claque à leur tour. Peut-être même avant qu’il y ait dix millions de chômeurs !

C’est-à-dire que la grande distribution en général, et notre héros en particulier, opèrent un transfert de richesse dramatique des secteurs productifs dépendants d’elle (l’alimentation, l’habillement, etc.) vers les fonctionnaires et les secteurs “protégés” (l’automobile ou l’aéronautique, si elles sont soumises à la concurrence internationale, ne sont pas encore dépendantes de la grande distribution).

De la même manière que le drame de la corruption ne réside pas tant dans les sommes détournées que dans les mauvais choix qu’elle entraîne (si le corrupteur paie le corrompu, c’est que la décision qu’il veut obtenir n’est pas celle que dicterait l’honnêteté), le drame de la grande distribution ne réside pas tant dans les fortunes vite faites de ses dirigeants que dans l’impact épouvantable sur le tissu économique du pays – la France en l’occurrence.

La grande distribution a un chiffre d’affaires supérieur à 300 milliards d’euros, donc un pouvoir considérable. Un pouvoir implique des responsabilités, il est peut-être temps qu’elle en prenne conscience.

En attendant, gardons-nous de confondre la Samaritaine et le bon Samaritain !

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