Discours - Editoriaux - Politique - 29 novembre 2013

Le vote blanc fait peur et aucun parlementaire n’en veut !

Entretien réalisé par Emmanuelle Duverger

L’Assemblée nationale votait hier un texte reconnaissant le vote blanc. Avez-vous le sentiment d’une avancée ?

Il s’agit d’un très timide petit pas, qui n’est toujours pas effectif. Je reste très prudent puisque la proposition de loi doit repartir devant le Sénat pour être une nouvelle fois amendée. On va certainement voir le texte passer devant une commission mixte paritaire pour confirmer encore ce que le Sénat devrait dire en février prochain. Bref, rien n’est gagné.

Le texte originel proposé par François Sauvadet (UDI) prévoyait une reconnaissance pleine et entière du vote blanc parmi les suffrages exprimés, seule façon pour les électeurs d’exprimer un refus de l’offre politique sans qu’il soit considéré comme un vote nul ou une abstention et qu’il ne parte à la poubelle. Actuellement, les bulletins blancs ne sont pas différenciés des nuls : les deux sont comptabilisés ensemble, mentionnés dans les résultats des scrutins mais non pris en compte dans les suffrages exprimés.

Finalement, la seule chose que changera l’actuelle proposition de loi, c’est que les blancs ne seront plus comptés avec les nuls, mais séparément. On peut dire qu’il y a eu beaucoup de bavardages pour pas grand-chose. D’autant que les socialistes ont réussi un joli tour de passe-passe en évitant que la loi ne puisse s’appliquer pour les municipales. C’est finalement la preuve que le vote blanc fait peur et que les parlementaires quels qu’ils soient n’en veulent pas.

De quoi ont-ils peur réellement ?

Ne pas être d’accord est un avis à part entière. Or, actuellement, les gens qui ne sont pas d’accord sont légion. Le vent de contestation est massif et s’exprime malheureusement, au niveau des élections, soit par 60 % d’abstention, soit par un recours – parfois par défaut – au Front national. Ce que je souhaite, c’est que les électeurs votent pour un parti par adhésion. Or, sans alternative pour exprimer leur désaccord, certains utilisent le FN pour exprimer un vote sanction qui rejette l’intégralité de l’offre politique. On ne peut pas nier que le FN, un peu plus que d’autres, a bénéficié de ce vote sanction. Si le vote blanc était reconnu, il pourrait cristalliser cette insatisfaction, non pas au sens de nihilisme comme un Mélenchon qui dirait « qu’ils s’en aillent tous ! », mais au contraire afin d’exprimer une exigence citoyenne d’une offre politique de meilleure qualité.

Mais quel avenir a le vote blanc ? Si le vote blanc devenait premier parti de France, que ferait-il ?

Le vote blanc n’est pas censé gagner, gouverner. Il n’y a pas de programme derrière lui. Il s’agit d’un outil démocratique. S’il devenait majoritaire, cela signifierait que les autres partis n’ont pas su convaincre et que l’élection devrait être invalidée… Mais pas besoin d’être majoritaire en fait. Un vote blanc à 20 % serait déjà une grande claque pour les partis traditionnels…

Que pensez-vous des critiques de l’UMP et de l’UDI qui estiment que reporter l’application de cette loi après les municipales est une manœuvre du PS pour affaiblir l’opposition classique de droite en faisant le jeu du FN ?

Le PS est conscient qu’il va passer un très mauvais quart d’heure aux municipales et favoriser le FN impliquera un plus grand nombre de triangulaires qui permettra aux socialistes de tirer leur épingle du jeu dans certains cas… Dire qu’on ne peut pas organiser la mise en place du vote blanc pour fin mars mais que c’est possible pour début avril, c’est une blague ! Ils veulent rester dans le schéma manichéen droite/gauche qu’ils connaissent…

J’ai vu beaucoup de fébrilité à l’Assemblée hier matin. Entendu beaucoup d’arguments pour expliquer à quel point le vote blanc, c’est bien. Mais aussi beaucoup d’arguments pour dire à quel point le vote blanc serait dangereux pour les politiques en général car cela affaiblirait leur légitimité. Et tous ces beaux discours faisaient totalement abstraction de l’abstention…