Le grand homme providentiel, la réincarnation de Frédéric II de Hohenstaufen ou du roi Arthur, s’est toujours avéré une calamité dans notre histoire européenne. Notre dernier grand homme à nous, le général de Gaulle, aura été chassé du pouvoir par une foule bien libertaire sur fond de dévaluations successives. Lui aussi répétait que la France était « la lumière du monde ». Lui aussi voulait défier le dollar.

Dans le cas de Poutine, la démonstration est encore moins reluisante. Le rouble est passé en six mois de 40 à 100 pour un euro ; le Moscovite aux abois repense à l’ère Eltsine ou au communisme ; les pays baltes, la et les Tchèques détestent la nouvelle Russie et Poutine est à deux doigts de la guerre avec l’Ukraine. Le bilan du président pragmatique est une calamité économique et diplomatique.

Poutine aura eu la chance, depuis quinze ans, d’avoir un baril à cent dollars puis un trop patient Obama en face, mais attendons d’avoir un troisième Bush ou une deuxième Clinton au pouvoir en 2016 pour voir comme les choses vont dégénérer : on regrettera alors le doux Barack. Poutine aura montré que la Russie est un pays peu développé, une pétrocratie à la merci – comme en 1986, 1998 ou 2008, de la moindre baisse des prix de l’énergie, baisse des prix qui pourtant frappe tous les pays producteurs, mais sans les mêmes conséquences.

Un lecteur m’avait fait remarquer que l’on a souvent tendance à sous-évaluer la Russie. Mais c’est l’inverse qui est vrai : la taille du pays fait qu’on le surestime. Les Français sont arrivés à pied en 1812 à Moscou après une série de dures victoires ; en 1918, les Prussiens balayèrent l’empire et tronçonnèrent le territoire ; en 1941 et 1942, les Allemands avaient triomphé partout, puis Staline gagna grâce à la trahison de l’intelligence allemande, aux colossales livraisons américaines et au sacrifice horrible de millions de soldats, sans compter celui de l’ ou de la Biélorussie qui firent tampon. Enfin, lorsque la redoutable URSS s’effondra comme un château de cartes en dépit des anticommunistes, le PNB russe valait juste celui… des Pays-Bas.

L’Amérique ? Elle reste, dit Girard, la puissance mimétique, comme jadis l’Angleterre. Tous préfèrent une Europe obéissant aux ordres de l’agent Barroso qu’à ceux du Kaiser ou d’un énième secrétaire du PCUS finissant empoisonné par une blouse blanche. Et vous verrez que la Chine aura compris la leçon. Car ses usines finiraient toutes aux Indes.

Un mot encore. Ceux qui croient qu’un parti au pouvoir pourrait nous retirer sans dommage de l’euro rigolent en douce : ce serait une débandade sans égale. La France n’est même pas la Russie. Elle n’a pas de pétrole et elle n’a plus d’idées et plus d’usines. Elle a ses retraités et ses chômeurs, ses immigrés inactifs chez elle et tous ses diplômés à l’étranger.

Ceux qui veulent continuer de rêver n’ont qu’à se contenter de relire Homère ou bien Harry Potter.

66 vues

19 décembre 2014

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.