Editoriaux - 9 février 2013

Le tombeau du Français inconnu

Il se trouve, ce tombeau, quelque part en France. En plein milieu de l’ancien bassin minier d’Alès. Dans les Cévennes. Et, pour être précis, dans une petite localité du nom de La Grand-Combe.

Il a été englouti, et le reste de la France avec, comme l’Atlantide. Ou plus exactement on l’a enfoui dans le but de le faire disparaître sous les barres des cités sales et bruyantes. On n’entend qu’elles. Pas La Grand-Combe, silencieuse et digne.

La ville est un tombeau. Avec des squelettes sortis de leurs sépultures : les mines de charbon mortes et désaffectées, à l’exception d’une seule qui fait office de musée. À La Grand-Combe il y a plus de 40 % de chômeurs. Beaucoup, beaucoup plus qu’à Bobigny. Les chiffres de la délinquance y sont faibles : beaucoup, beaucoup moins élevés qu’à Bobigny.

À La Grand-Combe, les moins malheureux sont les vieux. Les retraites que leur ont accordées les Charbonnages de France sont plus que correctes. Les plus malheureux sont les jeunes. Chez eux, les 40 % de chômeurs sont dépassés. Ils pourraient, pour certains d’entre eux, trouver du travail ailleurs. Mais ils sont Cévenols et restent ici parce qu’attachés aux Cévennes.

À La Grand-Combe, tout le monde est français. Des descendants des Italiens, des Espagnols, des Polonais qu’on a fait venir pour aller au charbon. Et aussi, la dernière vague du temps où les mines existaient encore : les Marocains. Les derniers arrivés. Et que font les jeunes Arabes, leurs fils et petits-fils, à La Grand-Combe ? Rien ? Rien. Ils sont chômeurs comme les autres. À La Grand-Combe, terre de misère, on ne brûle pas de voiture, on ne règle aucun compte au couteau.

La Grand-Combe est enchâssée dans une région de tradition protestante. La mémoire des abominations commises par les Dragons du très catholique Louis XIV y est vivace. La Grand-Combe vote communiste (on n’est pas à Hénin-Beaumont). Dans le bureau du maire, on peut voir un très beau bloc anthracite qui fait face à un portrait de Che Guevara. Le rouge et le noir…

Au café, le dimanche, les vieux mineurs se retrouvent pour jouer au tiercé. L’écran de la télé est allumé en permanence. Il y est question du PSG. Et les retraités de la mine maudissent le pétrole du Qatar qui a acheté David Beckham et tué leur charbon.

De retour chez eux, ils écoutent – c’est de leur âge – les chansons de Jean Ferrat. Ici, personne n’est plus français que ce chanteur rouge, de son vrai nom Jean Tennenbaum. Ici, chacun décline à sa façon une vieille maxime juive dont ils n’ont jamais entendu parler. « Si je ne suis pas pour moi, alors qui sera pour moi ? Et si je ne suis que pour moi, alors qui suis-je ? » Ça vaut pour La Grand-Combe. Ça vaut pour la France.

À lire aussi

Pas étonnant que les Français éprouvent du dégoût à l’égard des politiques !

Ce qui accable les macronistes, c’est que, comme tous les nouveaux riches, ils ne connaiss…