Pourquoi combattons-nous si faiblement le terrorisme, en dépit de l’état d’urgence ?

Si les morts ne sont pas directement voulus, pour eux-mêmes, ils sont les dommages collatéraux, les signes sans importance à l’intérieur d’un système où l’essentiel est déjà prévisible, et théoriquement sous contrôle. Le profil type du “terroriste” n’échappe pas plus à la criminologie et à la psychiatrie que celui du violeur multirécidiviste, même potentiel.

Dès lors, les victimes deviennent logiquement de simples éléments sacrifiables à l’intérieur du système de gouvernance. En dépit de la brutalité du terrorisme, chaque enfant avec une balle dans la tête, chaque jeune femme attablée à un café et pulvérisée par une bombe, chaque mère de famille égorgée tend désormais à relever de la variable d’ajustement. L’horizon utopique du multiculturalisme et de la sortie de l’Histoire est à ce prix paradoxal, en un « Grand Bond en avant » d’un nouveau type qui implique ses cadavres.

Cependant, si le terrorisme fait pour l’instant l’objet d’une simple répression policière, partielle, c’est qu’il n’est ni plus ni moins qu’un phénomène semi-autonome au sein d’un système, se nourrissant certes de dynamiques démographiques, psychologiques, culturelles voire politiques localisables. Au-delà des facteurs idéologiques qui structurent nos réseaux dirigeants, le terrorisme relève plus simplement, classiquement, d’une logique des rapports de force bien mise en lumière par le colonel Jacques Baud (Terrorisme : mensonges politiques et stratégies fatales de l’Occident, Éditions du Rocher, 2016).

Hors l’éventualité non exclusive de la psychose collective, le terrorisme est pensé par ses principaux acteurs comme une simple opération de chantage et de braquage à grande échelle, qui ne vise généralement pas à la destruction de l’adversaire. Il cherche l’établissement d’un partenariat paradoxal de réseaux dirigeants à réseaux dirigeants, par l’intermédiaire des populations mutuellement sacrifiées. Il est le mode opératoire d’une razzia 2.0.

Franchir ce seuil pour entrer en guerre est donc logiquement hors de question, dès lors que les réseaux dirigeants eux-mêmes ne sont pas soumis au péril de la destruction : le terrorisme est pensé par ceux qui le répriment sur le seul mode de la police comme épiphénomène, effet secondaire et moyen éventuel, dans le mouvement de reconfiguration des espaces sociaux qui doivent s’accomplir dans l’Utopie.

Le terrorisme ne sera donc réellement combattu que dans la mesure où il imposera aux réseaux dirigeants dont il attaque la population plus qu’une simple répression policière. Dans la mesure où il imposera le passage de la “gouvernance” à la “politique”, en visant les intérêts vitaux de ses partenaires paradoxaux ; en les menaçant physiquement.

Dans le cas contraire, il restera un épiphénomène du multiculturalisme pensé comme horizon indépassable, susceptible de fournir divers motifs à la pression étatique, policière et fiscale. À la manière des excès de vitesse et des morts sur la route, qui ne sont que les dommages collatéraux de la voiture.

La question que révèle le phénomène terroriste : avons-nous, ou non, des intérêts communs avec nos propres réseaux dirigeants ?

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