Editoriaux - Justice - Politique - 10 décembre 2014

Le syndicalisme français est malade : la preuve par l’affaire Lepaon…

Le symbole le plus éloquent de l’imposture de notre système est aujourd’hui le secrétaire général de la CGT, . Ce syndicaliste de combat et de rupture qui conteste tout et ne signe rien, au niveau national, vient de bénéficier coup sur coup d’une prime de départ de son poste à la tête du comité régional CGT de Basse-Normandie à la hauteur de 30.000 euros, d’un appartement de fonction de 120 m2 en lisière du bois de Vincennes, rénové pour un coût de 120.000 euros, et d’un bureau remis à neuf pour 62.000 euros. Bien sûr, ces indiscrétions fâcheuses sont moins liées à une exigence de justice et de transparence qu’aux sordides rivalités de pouvoir à l’intérieur de l’organisation. Mais l’affaire jette surtout une lumière crue sur le syndicalisme français à travers le syndicat le plus important.

Le syndicalisme français est malade. Il est représentatif des pathologies nationales à défaut de l’être des salariés. Premier symptôme : le taux de syndicalisation est l’un des plus bas du monde avec à peine 7,7 % des salariés, contre une moyenne de 25 % en Europe et 67 % en Suède, là où on a su réformer, dans le consensus, le système des retraites.

Second symptôme : il est plus important dans le secteur public que dans le privé. Sur dix salariés syndiqués, 5 sont fonctionnaires, 1 travaille dans une entreprise publique et 4 seulement dans le privé. Les syndicats sont financés à 80 % par de l’argent public et à 20 % seulement par des cotisations. On mesure, une fois encore, la structure socialiste de notre pays avec un secteur public démesuré, détenteur d’avantages et où peuvent faire grève, par procuration et sans souci des conséquences économiques, ceux dont l’emploi n’est nullement menacé. Les fonctionnaires allemands n’ont pas le droit de grève.

Troisième symptôme : il y a plus de syndicats pour moins de syndiqués. Il y a trois syndicats en Allemagne, le tout-puissant DGB dans le privé, celui des fonctionnaires et un petit syndicat chrétien peu représentatif. Nous en avons cinq « historiques » plus quelques autres qui regroupent 1,8 million d’adhérents, dont 400.000 retraités et chômeurs face aux 7 millions de syndiqués allemands. Le résultat, c’est la compétition électorale, la surenchère revendicative (marque de fabrique de la CGT ou de SUD) qui empêchent le consensus, bloquent les réformes parce que, la capacité de nuisance l’emportant sur la représentativité, le syndicat fait peur au pouvoir. Mais chaque syndicat est aussi un pouvoir, une niche à privilèges, que leurs détenteurs veulent évidemment sauvegarder.

Partout dans le monde, le syndicalisme recule devant la montée de l’individualisme, sauf dans les pays qui réservent le bénéfice des services et des retombées des accords à leurs membres. Cette mesure aurait l’avantage de pousser les salariés à participer davantage à travers leur adhésion syndicale à la vie de leur entreprise et à la politique économique et sociale, en général. Là où il y a plus de syndiqués et moins de syndicats, le dialogue social est plus efficace. La France est un pays de féodalités discrètes et d’inégalités masquées. Dans le domaine syndical, comme ailleurs, la démocratie – la vraie – doit progresser : l’affaire Lepaon nous y pousse à l’évidence.

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