Editoriaux - International - Politique - Sport - 10 juillet 2016

Le sport : un outil politique !

Dans le JDD daté du 10 juillet, François Hollande l’affirme haut et fort, en marge de la finale de l’Euro 2016 entre la France et le Portugal : « Je ne veux pas utiliser le sport pour la politique. » Pour qui nous prend-il ? Des benêts ? Des lapins de trois semaines ? Chacun sait que le sport et la politique entretiennent de vraies relations de proximité. À plus d’un titre. A-t-il oublié que, pendant sa campagne de 2012, il a réussi, grâce à Thierry Rey et Valérie Fourneyron, à se rallier une centaine de sportifs de haut niveau, parmi lesquels vingt-sept champions du monde et dix-sept médaillés olympiques ? Ses soutiens les plus ardents n’étaient-ils pas Yohann Diniz, Pascal Papé, Vikash Dhorasoo, Pape Diouf, Jean-Claude Skrela, Pierre Villepreux… A-t-il oublié que Jacques Chirac a vu sa cote de popularité bondir après la Coupe du monde de football remportée par la France en 1998. ? Peut-être l’actuel chef de l’État espère-t-il une embellie ? Mais gageons qu’en cas de victoire de notre pays, elle sera faible et de courte durée. Elle n’atteindra jamais les 67 % d’opinions favorables de Chirac il y a 18 ans…

L’actuel président de la République a-t-il oublié que le sport, qui dispose notamment d’une politique publique avec un ministère en bonne et due forme et d’un cadre juridique établi (Code du sport), reste un marqueur social et sociologique très fort ? Oui, le sport est un outil politique dans le sens premier du terme car il est un acteur majeur de la vie de la cité (au sens grec du terme : πολιτικός). Il est à ce point politique que certains l’utilisent pour faire passer leurs messages religieux et embrigader des jeunes à des fins guerrières. C’est dire !

N’en déplaise à M. Hollande, la dimension politique du sport est réelle. Y compris sur le plan international. La renaissance des Jeux olympiques en 1896 n’incarnait-elle pas la volonté de pacifier les rapports entre les nations ? Déjà, les jeux de l’Antiquité s’ouvraient sur l’instauration d’une trêve au sein du monde grec. D’ailleurs, Juan Antonio Samaranch, lors du congrès du Comité international olympique de Neuchâtel, en novembre 1975, déclarait : « Nul doute que les compétitions sportives, et en particulier les Jeux olympiques, reflètent la réalité du monde et constituent un microcosme des relations internationales. »

Finalement, Charles Maurras avait en grande partie raison en 1896 quand il pensait que l’idée de Pierre de Coubertin que les Jeux olympiques reproduiraient symboliquement les rivalités entre les nations serait vite dévoyée. Le futur directeur de l’Action française annonçait l’échec du « cosmopolitisme sportif ». Il laissait entendre que le sport allait exaspérer les passions patriotiques : « Maintenant les peuples vont se fréquenter directement [par le sport], s’injurier de bouche à bouche et s’engueuler cœur à cœur. La vapeur qui les a rapprochés ne fera que rendre plus faciles les incidents internationaux. »

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