En plus des valeurs traditionnellement inculquées aux jeunes joueurs, le pro se révèle être, comme la nature, une vaste leçon de choses. Mort-née, la fusion entre l’Aviron bayonnais et le Biarritz olympique a agité les confins franco-espagnols.

Et pour cause : ce choix aurait mis un terme à un siècle d’histoire et de saine rivalité sportive. L’émulsion créée par un derby permet de percevoir cet héritage sportif et culturel unique. Et même si le rugby s’est professionnalisé, la force des traditions a toujours été plus forte. La minorité de joueurs issus de la formation suffit à faire perdurer ce sentiment imperceptible qualifié par certains de « folklorique ».

Observée à l’aune des difficultés que connaît notre pays, l’éventualité d’une telle fusion paraît dérisoire et anecdotique. Mais au-delà de cette catastrophe culturelle qui n’émeut que la population locale, il s’agit d’une illustration des méfaits du libéralisme financier. Le parallèle avec le monde tel qu’il tourne aujourd’hui est facile à réaliser : désengagement politique, prépondérance des considérations économiques, disparition des identités. Car dans notre société postmoderne, l’ensemble des problèmes, à l’instar des déboires sportifs, ne semblent pouvoir s’expliquer que financièrement… De nombreux clubs français ou européens démontrent pourtant par leurs résultats qu’une autre gestion est possible.

Histoire, valeurs et traditions, tous ces concepts imperceptibles ne sont que peu de choses pour des affairistes plus attachés à calculer l’avantage matériel dégagé par une opération. Rien ne semblait pouvoir arrêter cela, les barrières politiques à la finance, même locales, étant tombées depuis bien longtemps. Les candidats aux municipales des deux villes firent preuve, à ce titre, d’une lâcheté typique des périodes pré-électorales.

Mais à la différence des électeurs, les individus sont conscients du rôle qu’ils peuvent jouer dans la vie des clubs. Si la banque, la prostitution des médias et la société de consommation ont annihilé toute critique démocratique ou révolte spontanée des peuples (le sport professionnel n’a-t-il pas été créé afin de détourner la colère des nations ?), il n’en est rien des supporteurs. Ceux-ci témoignent d’une ferveur envers leur club sensiblement similaire à celle que les Français témoignaient jadis à leur pays.

Sept jours plus tard, le partenaire majeur de l’AB décidait de rompre les négociations. L’explication se trouve certainement dans l’opposition de la quasi-totalité des supporteurs. Cette décision est la preuve, s’il en fallait encore une, que le peuple, débarrassé des institutions intermédiaires et des médias complices, peut briser bien des desseins.

Souhaitons que certaines attaques de l’impérialisme financier permettent de réveiller les consciences des sujets que nous sommes.

15 décembre 2013

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