Cette semaine, François Fillon lisait, comme nous tous, le programme d’Alain Juppé. Fâché sans doute d’y retrouver l’abrogation des 35 heures, comme dans son propre programme, l’ancien premier ministre de Sarkozy s’en prend alors à l’ancien premier ministre de Chirac, en l’accusant d’avoir copié son programme, sans aller aussi loin que lui. Navrant spectacle d’une élection primaire qui n’aura jamais aussi bien porté son nom : nous voici revenus dans la cour de récréation de la communale, où l’un accuse l’autre d’avoir copié.

Sale histoire. Les Français ont-ils vraiment besoin de ce genre d’hommes politiques ? Et les gens de droite, qu’attendent-ils ? Réponse intéressante de Denis Tillinac, dans une interview donnée le 6 mai dernier au Figaro Vox. Tillinac est devenu le conservatoire de la mémoire française : les villages de la diagonale du vide, les copains, les clochers romans, les femmes élégantes, les départementales, les bars qui sentent la gitane, l’esprit français qui court de Vercingétorix à Cambronne, de Roland à Arsène Lupin, ou de Cyrano à Nimier, tout cela, c’est son pré carré. Pas tant du fait de sa volonté propre, me semble-t-il, mais (plus grave), parce que tout le monde s’en fout. C’est dommage, parce que le cœur de la France, il est là, comme dirait notre président.

Bref, Tillinac se prononce sur la primaire et livre une conclusion intéressante : les programmes ne sont pas grand-chose (« un programme, c’est technique, chiffré ») ; ce qu’il faut, à gauche mais plus encore à droite, où l’on a honte d’avoir une mémoire qui nous soit propre, c’est une vision, une ambition, une « synthèse », dit Tillinac : « De Gaulle avait l’air raide mais il sentait les choses. Il a voulu une synthèse de la tripe républicaine (il avait lu Barrès), de la mémoire monarchique (il avait lu Bainville) et de la grandeur bonapartiste (il avait lu Stendhal). Le bon président, s’il existe, sera celui qui est capable d’incarner cette synthèse. » Denis Tillinac, que j’estime beaucoup, risque d’avoir du mal à trouver son candidat, puisqu’il a dit qu’il voterait à la primaire.

Il est curieux qu’à ce moment même, deux des favoris de la primaire de droite (pardon, républicaine) se livrent à des attaques grotesques dont la grandeur n’est pas le trait dominant. Juppé a sans doute lu, comme de Gaulle, les susnommés Barrès, Bainville et Stendhal. Fillon aussi, peut-être. Et pourtant, qui utilisera une dialectique, un paysage culturel, une mémoire, une identité de droite pour asseoir son élection ? On parle de libéralisme, de sécurité, de flexibilité ; des mots de grand patron. Des mots de chef d’Etat, point. On attendrait à droite les Trois Mousquetaires, on découvre la Guerre des Boutons.

Me revient en mémoire, pour en finir avec cette médiocre élection primaire, cette phrase de Bainville, justement, dans la Petite Histoire de France que mes enfants écoutent en voiture. Après avoir décrit (sommairement) la laideur de la Révolution, Bainville, parlant de la Terreur et de la lassitude horrifiée qu’elle engendre, introduit la chute de Robespierre par ces mots : « Cependant les Français ne sont pas si cruels ». Espérons que c’est toujours vrai…

16 mai 2016

À lire aussi

Symboles de banlieue : la rue Maxime-Gorki deviendra-t-elle la rue Jacques-Chirac ?

L'affaire est doublement symbolique... …