Après six heures de débat, l’article premier prévoyant la réduction du nombre de régions métropolitaines de 22 à 13 à compter de 2016 a été adopté. L’on s’est écharpé sur l’Alsace « seule » (UMP) au nom de sa spécificité identitaire, tandis que la Bretagne et la Corse sortaient indemnes du rouleau compresseur réformiste, la Picardie paupérisée et rurale se voyant désormais rattachée au riche Nord-Pas-de-Calais, alors que le Languedoc-Roussillon convole en justes noces avec le ténébreux Midi-Pyrénées auquel la belle Aquitaine souhaitait, précisément, passer la bague au doigt. Bref, parlementaires et gouvernement ont respectivement joué leur partition, donnant l’illusion d’un débat démocratique, singeant les empoignades lointaines entres conventionnels jacobins et girondins.

« Aujourd'hui, toute la gauche est régionaliste », disait Michel Rocard en... 1981. Ayant effectué son aggiornamento idéologique aux lendemains de Mai 68, elle s’est effectivement ralliée aux vertus proudhoniennes de la décentralisation, en renouvelant la dimension politique du vieux socialisme municipal, jusque-là cantonné à une fonction gestionnaire et clientéliste. Mais, en pratique, depuis les lois de décentralisation des années 1982-1983, jusqu’aux réformes Chevènement (1999) et Raffarin (2004), la décentralisation a été, finalement, beaucoup plus administrative et électoraliste que réellement politique.

C’est que, comme le relevait très justement le célèbre félibre Jean-Charles Brun, « il y a deux régionalismes, celui de tout le monde et celui des régionalistes ». Le régionalisme vulgaire, celui que proposait déjà le général de Gaulle – qui lui valut sa chute en 1969 – jusqu’à la création officielle des régions en tant qu’établissement public en 1972, parachevé en 1982, poursuivait, en l’amplifiant, le mouvement permanent de la centralisation administrative et politique.

Foin d’identité, d’enracinement dans ces nouvelles circonscriptions dont on a rapidement – et à bon droit – loué les mérites dans le développement et le désenclavement économique des territoires considérés. Pour autant, a toujours cruellement manqué ce supplément d’âme expliquant, notamment, que toutes les réformes entreprises depuis trente ans en matière de décentralisation ont toujours évité la voie référendaire. La seule, pourtant, la plus idoine, la plus naturelle, car découlant des nécessités, non point politiques – forcément contingentes – mais historiques et géographiques de nos ethnies provinciales.

Dans L’Idée de la décentralisation (1898), Charles Maurras appelait « décentralisation un ensemble de réformes destinées à reconstituer la patrie, à lui refaire une tête libre et un corps vigoureux ». Mais, rajoutait-il, pour être complet, « la patrie, c’est le sol […], c’est encore le sang. Communauté et différences de notre sol, communauté et différences de notre sang, c’est ce qui fonde cet esprit fédéral et ce sentiment national sans lesquels toute décentralisation serait incompréhensible ».

Faire l’économie de cette grammaire fondamentale ne peut, évidemment, que servir le technocratique projet bruxellois de « länderisation » des régions française, utiles chevaux de Troie ruinant un peu plus la nation de l’intérieur.

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21 novembre 2014

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