Editoriaux - International - Politique - Table - 5 décembre 2016

Le référendum qui envoie Matteo Renzi “a casa”

Pour une fois, les sondages ne se seront pas trompés en annonçant la victoire du non au référendum proposé par le président du Conseil italien Matteo Renzi.

Avec une mobilisation record (près de 70 % du corps électoral), les électeurs ont rejeté à 59,11 % la réforme constitutionnelle, un projet aussi technique qu’illisible, qui prévoyait entre autres une drastique diminution du pouvoir du Sénat, une réduction du nombre de parlementaires et des temps législatifs, la suppression du CNEL (Conseil national de l’économie et du travail) et des provinces (en tant que découpage administratif).

Mais le véritable enjeu en était l’avancement ou la destitution de Matteo Renzi, qui avait, dès les premiers temps, fortement personnalisé cette consultation électorale. Il n’aura pas menti, et quelques heures après les premiers résultats, il annonçait sa démission du poste de président du Conseil, charge qu’il occupe depuis 1.000 jours sans consensus populaire puisque, rappelons-le, son gouvernement est le troisième à avoir été imposé à la tête du pays sans avoir jamais été élu par quiconque.

L’alléchante thématique de la réduction des coûts de la politique n’aura pas suffi. Son arrogance, ses absurdes promesses de “broyer” la traditionnelle classe politique, sa focalisation sur des thèmes d’importance secondaire comme cette réforme électorale ou les unions civiles ont véritablement lassé les petites gens, qui subissent de plein fouet la crise économique et se sentent abandonnés par des dirigeants plus enclin au bien-être des “migrants” qu’à celui de leurs concitoyens.

Les oppositions, qui avaient unanimement appelé à voter non, espèrent maintenant un retour aux urnes.

Si cela changera quelque chose à la situation politique du pays, il n’est pas encore donné de le savoir mais, en l’absence d’alternatives fortes — le Mouvement 5 étoiles étant ébranlé par plusieurs scandales et ne brillant pas pour sa gestion municipale de Rome, et la Lega Nord sans stratégie électorale se limitant à quelques déclarations télévisées —, les espoirs sont minces.

Enfin, si ce vote démontre un certain rejet de la politique politicienne et des gouvernants, il faudra bien se garder d’en faire une nouvelle victoire des populismes contre les oligarchies, à l’instar du Brexit ou de l’élection de Donald Trump : il ne s’agit, ici, que de politique intérieure et rien de bien révolutionnaire ne s’ensuivra.

À lire aussi

Poursuivi pour séquestration de personnes, Matteo Salvini fait le buzz

Depuis le blocage du Diciotti, aucune embarcation n’a quitté les côtes libyennes. …