L’abandon de la réforme de déchéance de la nationalité a pu surprendre ceux qui n’ont pas encore compris les exigences fondamentales de la démocratie. Reculer dans une impasse est une manœuvre impossible. Mais un tel échec est le révélateur d’une situation rendue inévitable par la perte de confiance populaire, trahie et de plus abusée. Au fond, il est normal que la dégradation rende impossible toute prétention de réforme.

D’abord, il est nécessaire mais non suffisant de rechercher les causes des échecs des initiatives gouvernementales dans les imprudences, dans les manœuvres politiciennes, dans la méthode d’improvisation. Une seule approche réaliste s’impose. On ne peut représenter, diriger, réformer un pays que si le peuple accorde à ses dirigeants sa confiance à hauteur de 60 %. En deçà, le carburant démocratique fait défaut, les oppositions s’accumulent et rien n’est plus possible.

Or, la de la Ve a prévu les remèdes à une telle situation : la dissolution de l’Assemblée nationale, le et la démission sont les seuls moyens de revenir à la responsabilité du peuple souverain. De Gaulle a démontré ce mode d’emploi, en testant en permanence la confiance des citoyens. Tous ses successeurs ont compris cette règle et se sont efforcés de bien se tenir. Mais depuis 2002, les trois derniers Présidents se sont contentés de se maintenir en place, à la surface des choses, et en se moquant de la réaction des citoyens. Dès lors, le peuple reprend ses droits en se portant dans la rue.

Ensuite, la confiance du peuple repose sur l’adhésion aux réformes. Or, les citoyens ne peuvent pas comprendre les réformes alambiquées ou qui sont présentées dans l’esprit sectaire des partis politiques. De plus, les propositions de réforme ne sont pas crédibles lorsque les politiques publiques s’enlisent dans l’échec, notamment les finances, l’, l’emploi, les affaires étrangères, la sécurité, la santé, l’ et le commerce extérieur. Les scandales judiciaires et les turpitudes de la classe politique ajoutent des circonstances aggravantes qui ruinent la confiance populaire.

La troisième exigence de tout gouvernement démocratique repose sur l’amour exclusif que les dirigeants doivent porter à la . L’idéal patriotique peut traverser les épreuves, mais l’obsession pusillanime de sa petite personne ne fait que rabougrir l’avenir individuel et rapetisser les perspectives collectives.

Enfin, Montesquieu avait souligné que « la vertu, c’est l’amour de la République ». Oui, l’immoralité est la maladie fatale de tout régime politique. Être moral dans les responsabilités publiques consiste à respecter soi-même, les autres et la loi. La trahison de ce principe conduit directement au malheur du peuple.

3 avril 2016

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