On ne peut plus compter sur ses nègres. C'est ce que Gilles Bernheim – grand rabbin de France – apprenait récemment à ses dépens, après que la presse eut relayé les révélations de plusieurs blogs sur les multiples plagiats de son livre, « Quarante méditations juives », publié en 2011.

C'est pas moi, c'est mon nègre, finissait par reconnaître monsieur Bernheim, après avoir maladroitement tenté d'accuser le défunt plagié d'être le plagiaire, et justifiant ses égarements par un manque de temps au moment où le livre fut rédigé par un autre. C'était la « seule et unique » fois qu'il s'était livré à pareille tromperie, avouait-il.

Quelques jours plus tard, Jean-Noël Darde – maître de conférences à 8 et spécialiste de la question du plagiat – repérait deux nouvelles pages copiées dans le livre d'un autre, cette fois recyclées dans un ouvrage publié par monsieur Bernheim en 2002[ref]Le souci des autres au fondement de la loi juive, 2002 (Calman-Levy)[/ref]. C'était donc la seconde « et unique » fois que le grand rabbin se faisait pincer.

Suivant la loi des séries, la presse – ces derniers temps friande de révélations aussi fracassantes que tardives – s'interroge depuis jeudi dernier sur le curriculum vitae de Gilles Bernheim. Celui que les commentateurs se sont plu à présenter, depuis son élection en 2008, comme un brillant agrégé de philosophie ne serait en fin de compte qu'un vulgaire imposteur. Selon L'Express, plagié quelques heures plus tard par Le Figaro, la des agrégés et l'Éducation nationale n'auraient en effet aucune trace du grand rabbin dans leurs registres...

Bernheim a les deux genoux à terre, son cas semble indéfendable, mais le gourdin médiatique frappe encore. Un nouveau plagiat était dénoncé ce lundi, concernant cette fois le dernier texte en date du rabbin, « Ce qu'on oublie souvent de dire », dont certains passages seraient tirés du livre d'un prêtre catholique consacré à la « théorie du genre ». Dans sa brochure éditée gratuitement sur Internet depuis le mois d'octobre dernier, Gilles Bernheim mettait en garde, entre deux « copier-coller », contre les effets pervers de l'instauration du mariage homosexuel et les bouleversements liés à la reconnaissance d'une filiation homoparentale par l'ouverture de l'adoption aux couples de même sexe.

Une position jugée rétrograde et, de fait, incomprise par un certain nombre d'intellectuels qui le croyaient jusqu'alors plus volontiers « ouvert d'esprit » qu'agrégé de philosophie, à en croire un rabbin anonyme cité par Le Figaro, selon lequel l'imposture présumée de Gilles Bernheim ne serait qu'un secret de Polichinelle dans la communauté juive et, peut-on supposer, le milieu journalistique.

Un secret que plus personne n'a, semble-t-il, envie de garder à présent. La vérité, comme la vengeance, serait-elle un plat qui se mange froid ?

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9 avril 2013

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