La blague de l’année : le Qatar se dit victime collatérale de l’« anti-sarkozysme ».

Faut-il en rire ou en pleurer ? Le responsable de la communication de la famille régnante du petit émirat gazier qatari a récemment affirmé que « les médias français [nous] enferment dans une polémique sur le terrorisme stérile et dénuée de tout fondement, uniquement parce que [nous avons] de bonnes relations avec Nicolas Sarkozy. [Nous sommes] des victimes collatérales de l’anti-sarkozysme de la presse. »

Amusant de constater que les relations amicales entre l’émir Tamin ben Hamad Al Thani et l’ancien président de la République sont confirmées avec la plus grande vigueur par l’État arabe lui-même. Les échanges de bons procédés entre monsieur Sarkozy et le Qatar ont été nombreux et féconds : rachat du Paris Saint-Germain sur une demande de Nicolas Sarkozy (grand supporter du club), avantages fiscaux tel que l’« amendement Qatar » datant de 2009 et qui prévoit l’exonération d’impôt sur les plus-values immobilières pour le Qatar et ses entités publiques, ventes d’immeubles prestigieux du carré d’or parisien aux proches de l’émir, ou bien encore conférences facturées à plusieurs centaines de milliers d’euros au Qatar par Nicolas Sarkozy.

Les affaires vont bon train et il serait fâcheux qu’une rumeur de sympathie terroriste, de la part du micro-État, ne vienne entacher ce tableau idyllique. Au fond, chacun y trouve son compte ; le Qatar est légitimé par Nicolas Sarkozy pour prendre librement possession de parts de sociétés françaises et d’immeubles prestigieux ; le chef des « Républicains » rattrape la fortune de Carla Bruni et peut admirer tous les week-ends ses stars préférées du ballon rond en compagnie de ses fils. On comprend mieux le slogan sarkozyste du « gagnant-gagnant ». Pour les Français, en revanche, ce sera toujours perdant. Il leur restera bien les jeux du cirque Paris Saint-Germain et ses joueurs irrespectueux comme le génial (sur le plan sportif) Zlatan Ibrahimović ; quant au pain, ça fait bien longtemps qu’il nous a été ôté de la bouche. Car, voyez-vous, les plus-values immobilières, monsieur et madame Michu les payent intégralement.

Il serait donc préoccupant, et même révoltant, que les avantages énormes octroyés aux pétromonarques servent, pour partie, à financer la menace islamiste. L’ambassadeur qatari en France, Mechaal Al Thani (du même nom que l’émir), estime qu’« aucun gouvernement, aucune agence de renseignement ne disposent d’éléments de preuve concernant un financement d’activités terroristes en France ». Pourtant, depuis un certain temps déjà, de nombreux rapports américains indiquent que des financements occultes, en provenance du Qatar, bénéficieraient indirectement à l’État islamique en Irak et au Levant. Et donc, de la même façon, à cette jeunesse apatride et radicalisée qui sème la terreur en France et dont les noms font aujourd’hui frémir : Ghlam, Nemmouche, Coulibaly, Kouachi, Merah, pour les plus connus.

S’il est difficile d’y voir clair et qu’il est impossible de déterminer si l’État qatari soutient activement l’islamisme terroriste, il est évident que nous ne pouvons collaborer étroitement avec un État sur lequel pèsent aujourd’hui de telles suspicions. Nicolas Sarkozy devrait faire amende honorable pour l’argent qu’il a reçu de ses amis bien encombrants, dans l’attente des preuves formelles les innocentant. D’ailleurs, si rien ne dit que le Qatar soutient directement l’État islamique, tout indique que des membres puissants de cet État, au fonctionnement opaque, entretiennent des sympathies pour l’idéologie véhiculée par cette théocratie totalitaire et criminelle.

Non, le Qatar n’est pas victime de l’anti-sarkozysme de la presse, mais de la méfiance légitime que ses dirigeants et leurs activités suscitent.

30 avril 2015

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