Le coup de sang du Parti socialiste contre « l’ de la rigueur » menée par la chancelière Merkel crée des remous au sein du gouvernement Hollande. Craignant de trop blesser Berlin, s’est fendu d’un tweet rappelant dans des propos lénifiants le caractère indispensable de « l’amitié franco-allemande ». Nos incompétents politiques, peu importe l’étiquette, sont de véritables gribouilles. Ils oublient que l’engagement de la France dans la construction babélienne européenne, depuis le traité de Rome (1957), est un long couloir qui mène inexorablement à la soumission au fédérateur le plus puissant, comme le rappelait avec justesse le général de Gaulle dans sa conférence du 15 mai 1962.

Grâce, entre autres, à l’entregent de Jean Monnet, les États-Unis ont soutenu, dès le début, la mise en forme d’un bloc européen en finançant des partisans d’une Europe supranationale comme Robert Schuman, Joseph Retinger (l’organisateur du Congrès de la Haye de 1948) ou encore Paul-Henri Spaak. C’est l’universitaire américain Joshua Paul qui, en consultant des documents déclassifiés, a révélé le rôle de la CIA dans cette affaire. Cependant, nous devons nous rappeler qu’une hiérarchie dans le commandement gère l’ensemble. Les Anglo-Saxons ont toujours été favorables à l’unité européenne à la condition expresse que cela se fasse sous leur direction. Au cours de deux guerres mondiales, Washington et Londres se sont opposés à Berlin parce que le monde germanique voulait contrôler l’Europe à lui seul. Après avoir mis l’ au pas, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont délégué au « sergent-chef » allemand le droit de réorganiser l’Europe selon sa spiritualité politique (fédéralisme, ethno-régionalisme, gestion économique, financière…).

L’Allemagne, première puissance économique et démographique du continent, à l’instar de la Prusse vis-à-vis des petits États allemands au XIXe siècle, impose sa loi à une échelle plus large à l’Europe. Cette prééminence se fait d’autant plus aisément que les États du Sud, minés par un tour d’esprit laxiste en matière de gestion des finances et d’organisation en tout , sont obligés d’obéir aux lois de l’Union européenne d’essence anglo-saxonne et germanique. Les « combinazioni » ne sont désormais plus possibles. Engagés pieds et poings liés à l’UE, les dirigeants des pays du Sud sont obligés de se soumettre au fédérateur allemand sous tutelle anglo-saxonne. À l’exception notable de Philippe Séguin, les politiciens français auraient dû comprendre dans quel guêpier la France plongeait en adoptant le traité de Maastricht. Les propos de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas, à l’Assemblée nationale le 27 novembre 1991, sont une véritable sentence de mort : « La France est déterminée à jeter les bases d’une Union à vocation fédérale… Nous avons pris, pour Maastricht, le parti d’une mutation fondamentale vers une entité supranationale. »

Après une période de tensions dans les relations entre l’Allemagne et le monde anglo-saxon suite à la crise irakienne (2003), les liens ont été normalisés grâce à un accord conclu le 27 février 2004 entre le président Bush et le chancelier Schröder : « l’Alliance germano-américaine pour le XXIe siècle ». Réaffirmant la volonté de réussir l’intégration européenne et l’affermissement des liens transatlantiques, le monde germano-anglo-saxon s’est payé une bonne tranche sur notre dos. Les récentes discussions entre la chancelière Merkel et le Premier ministre Cameron au château de Meseberg appelant à des réformes profondes de l’UE (plus de flexibilité, plus de discipline budgétaire, plus de compétitivité, positionnement de la Grande-Bretagne entre l’Europe et l’Amérique…) ne font que confirmer cet élan. L’appel récent d’Angela Merkel à l’abandon de leur souveraineté des États de la zone euro cadre parfaitement avec la mutation en cours. Cette politique élaborée depuis longtemps n’est là que pour préparer l’émergence de ce marché transatlantique sans entraves régi par la triade Washington – Londres – Berlin. Un Reich germano-européen intégré à un « Saint-Empire transatlantique », voilà ce qui nous attend… Pauvre France !

28 avril 2013

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