L’étrange et provocateur aboutissement du jugement de la Cour de justice de la République, survenu le 19 décembre 2016, est de nature à détruire toute illusion au cœur des citoyens qui avaient conservé quelque confiance dans les institutions de la République. Ce procédé restera dans les annales politico-judiciaires comme l’incitation inattendue à l’immoralité la plus flagrante.

Une cynique naïveté. Un ministre reconnaît, sans rire, n’avoir recherché que la défense de l’intérêt général en prenant le risque d’attribuer une somme de quatre cents millions d’euros d’argent public à un individu peu recommandable.

Le jeu de la sourde oreille. Les témoignages n’avaient pas manqué pour souligner les mises en garde réitérées afin d’empêcher le recours à une procédure arbitrale en contradiction avec les textes l’excluant pour les crédits publics.

Une étrange condamnation. La Cour de justice de la République n’a pas hésité à faire preuve de la plus grande indulgence en condamnant l’ancien ministre pour le banal motif de négligence, ignorant ainsi les conséquences pour le Trésor public, mais en s’empressant d’exclure toute sanction.

Le jugement des juges. Il était difficile, à la Cour, d’échapper à la suspicion de complaisance entre juges et prévenue appartenant à la même caste parlementaire. La réforme, ou plutôt la suppression, de cette haute instance judiciaire est toujours en attente.

Une rare désinvolture. La scène finale du procès est apparue comme une insulte au peuple français au nom duquel les magistrats rendent la justice. L’ancien ministre, reconnu coupable, a osé exprimer son mépris en n’assistant pas au prononcé public du jugement, son siège étant resté vide comme le symbole d’une arrogante indifférence.

Un insupportable exemple d’immoralité. Nos concitoyens ont ainsi découvert qu’un ministre peut occuper un siège au gouvernement sans assumer l’honneur de la responsabilité liée à la fonction et abandonnée à des collaborateurs hauts fonctionnaires poursuivis sans indulgence.

Une insulte suprême à l’honnêteté. À l’un des plus hauts niveaux de l’autorité financière internationale, le conseil d’administration du Fonds monétaire international – qui n’a, habituellement, aucune clémence pour les pays en difficulté – s’est empressé de confirmer sa pleine confiance, que méritait sa directrice générale condamnée, sans consentir le délai minimum de réflexion et de considération pour la justice. Le ministère des Finances français s’est cru obligé de joindre sa voix à ce chœur des fidèles, perdant ainsi une occasion de se taire.

À partir de cet affligeant constat, deux questions peuvent se poser. Est-il possible d’avoir une conscience morale aussi élastique pour admettre la nécessité de monter une marche dans la boue afin d’accéder aux plus hauts lieux du pouvoir ? Ce douloureux procès démontrerait-il que la société des hommes est partagée entre une bulle de personnages peu recommandables, vivant entre eux, sans foi ni loi, et un peuple condamné à la soumission ?

S’agissant d’un tourment qui s’ajoute à beaucoup trop d’autres, cette n’en finit pas de soulever le cœur des citoyens honnêtes. Plutôt que de souffrir et se plaindre en silence, c’est le moment de hurler une autre façon de concevoir la chose publique et de mener le combat contre la décomposition de la société. Nous ne voulons pas que Charles Péguy ait encore raison de faire reproche au monde politique :

Avant, la République, c’était quand on mourait pour elle. Aujourd’hui, la République, c’est quand on en vit.

Il appartient à notre génération de faire mentir ce jugement.

Oui, la vertu n’est pas de trop en politique. Elle consiste, pour les serviteurs de la chose publique, à respecter la loi, à respecter les autres, et surtout à respecter sa propre conscience – à condition d’en avoir une.

22 décembre 2016

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