En cette semaine sainte où les chrétiens commémorent la passion du Christ, il est intéressant de rappeler les circonstances juridiques du procès de Jésus à Jérusalem, alors occupée par les Romains. Car il y a bien eu procès, et même deux, l’un religieux devant le Sanhédrin, tribunal suprême juif, et l’autre politique, devant Ponce Pilate, préfet de Judée, représentant de Rome.

Lors du procès religieux, le principal chef d’accusation est simple : Jésus est accusé d’imposture et de blasphème car il prétend être le messie annoncé par les prophètes, le fils de Dieu. « N’étant qu’un homme, tu te fais Dieu », lui reprochent les membres du Sanhédrin, ce qui est un crime au regard de la loi juive. Ils sont persuadés de la culpabilité de Jésus et on ne peut suspecter leur bonne foi. Mais, emportés par leur conviction erronée, ils utiliseront tous les moyens à leur portée et violeront de multiples règles de procédure relatées par des historiens : point de témoin à décharge, recours à de faux témoins en ignorant les contradictions de ceux qui sont entendus, jugement durant la nuit alors qu’un procès criminel ne devait être organisé que de jour, condamnation à mort immédiate alors qu’il aurait fallu attendre le lendemain des débats… Pire encore : l’accusé ne fut pas défendu ! Point d’avocat pour bâtir une défense, relever les manquements aux règles procédurales, appeler des témoins tels que Lazare ou plaider la relaxe…

Le Sanhédrin le condamne à mort. Seulement, il n’a pas le pouvoir d’exécuter cette sentence capitale, qui relève de la compétence de Rome. Les Sanhédrites amènent alors Jésus devant Ponce Pilate pour que celui-ci confirme leur décision.

De religieux, le procès devient politique. Les Sanhédrites vont alors avancer d’autres chefs d’accusation, politiques cette fois et contraires aux intérêts romains. Il était inopportun d’arguer du blasphème de Jésus devant le représentant de Rome, indifférent à la dispute religieuse. Jésus est alors présenté comme un séditieux qui empêche le peuple de payer l’impôt et comme se prétendant roi des Juifs, portant ainsi atteinte à la souveraineté de Rome. En somme, il est accusé d’atteinte à la sûreté de l’État, de crime de lèse-majesté.

Il faut relever l’opposition manifeste entre la condamnation du Sanhédrin et celle que le Sanhédrin souhaite de Pilate même. On ne peut être à la fois imposteur devant les Juifs et résistant contre Rome.

Le dossier est pourtant vide, l’accusation ne tient pas. Jésus a, au contraire, incité au paiement de l’impôt quand on lui a demandé s’il est ou non permis de payer le tribut à César, en répondant : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Et lorsque Ponce Pilate, qui dirige le procès, lui demande s’il est ou non le roi des Juifs, Jésus certes ne le contredit pas mais précise que son « royaume n’est pas de ce monde ». Il n’a donc rien d’un usurpateur vis-à-vis de Rome.

« Je ne trouve en lui aucun crime », assure Pilate. Devant l’insistance des chefs religieux, et apprenant que Jésus est galiléen, il tente alors de se défausser en invoquant la compétence du roi Hérode au motif que la Galilée dépendait de sa juridiction. En vain, Hérode lui renvoie l’accusé.

En réalité, Jésus n’est en rien condamnable et Pilate avait le pouvoir de le libérer. Seulement, les Sanhédrites vont jusqu’à le menacer de dénonciation auprès de Rome s’il relâche Jésus et persuader la foule de lui préférer Barrabas, pourtant vrai séditieux et meurtrier, lorsque Pilate lui propose de choisir lequel des deux prisonniers libérer.

Règles de procédure méprisées, chefs d’accusation contradictoires et fallacieux et nul avocat pour assister l’accusé. Ce fut une parodie de procès !