Trop d’impôts, trop de fonctionnaires, pas assez de croissance : ce cliché est aujourd’hui bien ancré dans les mentalités. Pas étonnant que , qui a pris le risque de faire sur ce thème, ait fait un tabac. Selon la Cour des comptes, il y a effectivement trop de fonctionnaires dans les collectivités territoriales (c’est plus discutable en ce qui concerne les fonctions régaliennes de l’État), mais est-ce bien le sujet ? Et si ce que Ronald Reagan appelait le trop d’Etat était un faux problème ?
 
Ce que chacun peut vérifier en consultant sur Internet les comptes de la nation, c’est qu’environ la moitié des dépenses de l’État sont, grosso modo, proportionnelles au nombre de fonctionnaires, 30 % sont des transferts aux particuliers et aux entreprises, c’est-à-dire des subventions et des prestations sociales, 15 % correspondent au paiement des intérêts sur la et les 5 % restants sont des dépenses d’investissement. Dans leur immense majorité, les fonctionnaires – revenu moyen mensuel 2.400 euros – ne disposent que de peu, voire aucune épargne, autrement dit le revenu qui leur est versé est recyclé en continu dans l’ réelle. Cette observation suffit pour affirmer que parler d’un secteur public glouton qui asphyxierait l’économie est faux, hormis la charge de la dette qui constitue une véritable fuite hors du système, il n’est pas le tonneau des Danaïdes souvent décrit mais un élément à part entière du circuit économique.

François Fillon veut réduire massivement le nombre de fonctionnaires et, concomitamment, réduire les charges des entreprises. L’intention est louable mais il ne faut pas, pour autant, y voir une panacée. D’abord, qu’il s’agisse de licenciements secs ou du non-remplacement des départs à la , l’effet sur l’emploi est le même ; seule différence : l’âge des nouveaux chômeurs. On nous explique que la baisse des charges aura un effet positif sur l’emploi privé pour, au final, produire de la croissance ; rien n’est moins sûr. Si la demande n’est pas au rendez-vous, les entreprises n’investiront pas quelles que soient leurs marges, et comment y serait-elle au rendez-vous, la demande, si l’emploi public est décimé et si, comme le préconise le candidat des Républicains, la TVA est majorée.

Pour que la baisse des charges ait vraiment un effet bénéfique sur l’emploi, un effet direct et massif, il faudrait aussi inciter, comme s’apprête à le faire Donald aux États-Unis, les entreprises françaises à rapatrier leur outil de production, au besoin par des mesures coercitives. François Fillon est-il assez audacieux pour s’inspirer d’un personnage aussi décrié par l’establishment ? Là aussi, rien n’est moins sûr.
 
Pour remettre l’économie française sur les rails de la croissance, il faut pouvoir stimuler un facteur de croissance sans affaiblir simultanément un autre facteur de croissance, ce à quoi revient (hélas) le programme de François Fillon. En clair, être capable de trouver successivement une réponse aux trois problèmes suivants :

1) Comment restaurer la compétitivité des entreprises sans baisse des coûts (charges ou salaires) ?

2) Comment transformer une hausse de la consommation en création d’emplois ?

3) Enfin, comment stimuler la consommation sans l’effet d’entraînement de la croissance des revenus ?
 
Une cure d’amaigrissement de la fonction publique n’apporte aucune réponse à ces trois questions. La solution, c’est d’abord au secteur privé de la trouver.

9 décembre 2016

Les commentaires sont fermés sur cette publication.

À lire aussi

Que signifie « système » dans l’expression « anti-système » ?

Qu’est-ce donc que le système ? …