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Audio - Editoriaux - Radio - Télévision - 3 février 2015

Le président du CSA en plein abus de pouvoir ?

Il y a un an, Mathieu Gallet. Ancien PDG de l’Institut national de l’audiovisuel, l’homme était élu à la tête de Radio France pour un mandat de 5 ans. On pensera ce qu’on voudra du profil de ce jeune homme, ironiquement artisan de la loi qui attribue au chef de l’État la nomination des présidents de Radio France et de France Télévisions, il n’empêche. Pour s’installer sur la plus haute marche de Radio France, il aura pour sa part dû s’en remettre à une décision du CSA, qui l’a élu à l’unanimité en séance plénière.

S’il n’a pas profité de la loi rédigée par ses soins pour accéder aux responsabilités qui sont les siennes aujourd’hui, c’est qu’entre-temps, la majorité est revenue sur cette loi, rendant au CSA son pouvoir de nomination. Un retour à l’indépendance du Conseil supérieur de l’audiovisuel daté du 15 novembre 2013, s’inscrivant dans la réforme de l’audiovisuel public et faisant écho à la tirade d’entre-deux-tours de François Hollande, anaphore restée célèbre où l’on trouve ceci : « Moi président de la République, je n’aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes. » Chacun de s’en féliciter.

Sauf que, d’une nomination par le CSA en séance plénière, on a assisté depuis à un glissement malheureux. Tirant la couverture à soi, Olivier Schrameck, président de la haute autorité depuis 2013, manœuvrerait en sous-marin pour s’approprier seul la désignation du successeur de Rémy Pflimlim, actuel PDG de France Télévisions. Motif officiel : pour encourager de grands patrons du privé à se porter candidats, il faudrait pouvoir leur garantir une absolue confidentialité, ce que ne permettrait pas un collège de 8 membres, dont certains auraient la langue trop bien pendue. CQFD.

Au-delà de l’insulte à peine voilée faite à ses collègues, considérés ici comme des « balances » en puissance, on est en droit de s’interroger sur l’éthique du procédé. Si on se résume, on est passé d’une nomination par le président de la République à une nomination par monsieur Schrameck, obscur technocrate pas antipathique certes mais, enfin, pas spécialement populaire non plus. Personne ne le connaît, personne ne sait vraiment à quels tropismes il répond, il n’a lui même pas été élu mais désigné.

La chose est cocasse, puisque si l’intention consistant à rendre à un aréopage de gens sérieux le soin de décider des personnes à catapulter au sommet des chaînes et stations publiques visait à favoriser les notions de collectivité et de transparence, elle pourrait bien finir par obtenir le résultat inverse : la nomination par une éminence grise, dans la plus grande opacité, des hommes qui régneront sur les ondes et fréquences dans les prochaines années. Une manœuvre qui aurait pour intérêt de permettre à monsieur Schrameck de se gargariser de son sentiment de toute-puissance dans les dîners mondains, et c’est tant mieux pour lui, mais qui, on en conviendra, réserve un sort un peu brutal et expéditif à l’idée de démocratie.

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