Avec l’inénarrable Silvio Berlusconi, on a tôt fait d’attraper le tournis. Ainsi, le Cavaliere vient-il de prendre, en appel, quatre années de prison ferme, assorties de cinq autres années d’interdiction d’exercer le moindre mandat électif. Il lui reste encore le pourvoi en cassation pour échapper à la justice.

Sacré Berlu ! Avec ses cheveux teints qui lui font une tête de Playmobil, son épiderme tellement tiré que bientôt il aura le trou de balle entre les omoplates, son soutien indéfectible à un Vatican ayant cessé de le soutenir, because que la prostipute mineure et sans papiers, ça n’était plus jouable pour l’infortuné Benoît XVI, surtout après les prévarications et les partouzes à répétition.

Les Italiens, « ces Français qui seraient toujours de bonne humeur », pour paraphraser Jean Cocteau, ne cesseront jamais de nous étonner. Alors que Gianfranco Fini, « post-fasciste » et dauphin du défunt Giorgo Almirante, fondateur du MSI (Mouvement social italien), définissait le fascisme comme « mal absolu », Silvio Berlusconi, le 24 février dernier, fut assez crâne pour se faire l’avocat de ce qu’il y avait de défendable de l’héritage mussolinien : « Il est difficile de se mettre à la place maintenant de ceux qui décidèrent alors. Certainement, le gouvernement d’alors eut peur que la puissance allemande ne se concrétise dans une victoire générale et préféra s’allier à l’Allemagne d’Hitler plutôt que de s’y opposer. Dans le cadre de cette alliance, il y eut l’imposition de l’extermination des juifs. Et donc, les lois raciales sont la pire faute d’un leader, Mussolini, qui pour tant d’autres aspects a bien fait. »

Aujourd’hui, Berlusconi est peut-être fini ; mais Fini aussi. Bien sûr, ce condottiere est coupable de mille avanies politico-financières. Mais là n’est finalement pas le plus obscène et, sans piétiner l’homme à terre, l’impardonnable réside ailleurs chez lui. Berlusconi, c’est l’homme par lequel le cataclysme culturel est arrivé en Italie. Il a défiguré la RAI et parachevé le désastre avec ses chaînes privées. Le mal fut contagieux, avec La Cinq en France, sa chose, son œuvre, le tout avec la bénédiction du socialiste italien Bettino Craxi et de son homologue français François Mitterrand. Il est dit que notre Florentin aurait préféré accorder cette fréquence à un catholique décadent – Silvio Berlusconi – qu’à un puritain anglo-saxon – Rupert Murdoch. Certes, s’il faut absolument choisir entre la vérole et les ganglions…

Pis, la vulgarité télévisuelle berlusconienne érigée en système (jeux idiots, séries américaines en perfusion, cagoles à seins de silicone, etc) a coïncidé avec la mise à bas du système de financement du italien, legs mussolinien auquel on doit également la Mostra de Venise et la création des studios de Cinecittà. Lequel système, par un ingénieux processus d’avance sur recettes et de défiscalisation, nous a donné, rien de moins, l’âge d’or du cinéma transalpin, où cohabitèrent, de l’après-guerre jusqu’au début des années 80, le « grand » des Federico Fellini, Luchino Visconti, Michelangelo Antonioni, Vittorio De Sica, Ettore Scola, Dino Risi et autres. Mais aussi un « petit » cinéma populaire parfois capable de lui en remontrer : Sergio Leone, Mario Bava, Sergio Corbucci, Riccardo Freda, Lucio Fulci, Dario Argento, Umberto Lenzi, Sergio Sollima, etc.

Les premiers comme les seconds sont morts, pour la plupart réduits au pour les survivants ou, pis, contraints de travailler pour des séries télévisées telles qu’à côté, Plus belle la vie, c’est du Citizen Kane. L’argent volé peut toujours se rembourser ; mais la culture perdue l’est généralement à jamais. Alors, rien que pour ça, que Silvio Berlusconi prenne la peine maximale.

10 mai 2013

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