Editoriaux - Histoire - Politique - 27 décembre 2014

Le père Noël, baromètre de notre enfance

Nos enfants croiront-ils encore longtemps au père Noël ? Le rationalisme dans lequel nous les immergeons dès le plus jeune âge n’est pas compatible avec cet anachronique personnage à la barbe blanche, de rouge vêtu, descendant leurs cadeaux par une cheminée trop étroite. Si le degré de croyance en cette légende était le reflet de la foi et de l’espérance des adultes?

Lesquels parmi nous croient encore que Marie ait pu concevoir l’enfant Jésus en demeurant vierge, que le Christ soit ressuscité au troisième jour après sa mort et qu’il puisse être physiquement présent dans le Saint-Sacrement ? Tout se tient. Le mystère n’a plus de place dans le monde moderne. La providence non plus. Et Noël n’est plus qu’une fête païenne, au centre de laquelle le père Noël n’est qu’un amuseur public distribuant des jouets.

Noël est une révolution, la seule vraie révolution. Nous y célébrons un événement unique dans l’histoire de l’humanité, précisément marqué du sceau du mystère. Celui par lequel Dieu a tout inversé. Après nous avoir donné la liberté et nous avoir laissé le choix d’exercer à sa place un pouvoir prométhéen sur une création qu’il nous avait simplement confiée, après nous avoir fait mesurer les conséquences de ce choix prétentieux et irresponsable, il a décidé par la grâce de ses sacrements de venir physiquement sur terre en nous prenant à contre-pied.

Il a tout transgressé. Il a fait naître son fils d’une jeune fille qui n’avait pas connu d’homme. Assumant notre humanité pécheresse et souffrante, lui, le tout-puissant, a décidé de venir à notre rencontre dans le plus total dénuement, comme un inconnu, comme un voleur. Il n’a même pas trouvé une chambre pour naître et a atterri dans une mangeoire. Il a dû fuir sous la protection d’un père qui avait accepté de ne l’avoir point engendré. Il a ressuscité Lazare. Il a fait marcher les paralytiques. Il a fait voir les aveugles. Il a fait entendre les sourds.

Pour nous inviter à croire et à nous confier à son infinie providence, Dieu a choisi la voie la plus simple, bien qu’en même temps la plus exigeante, celle de l’amour. L’amour affranchi de toutes les contraintes, l’amour absolu, gratuit. L’amour qui n’est riche que de lui-même. L’amour pauvre de tout ce à quoi nous autres pécheurs nous attachons trop.

Noël est une trêve dans notre lutte matérielle, terrestre, humaine, sociale, politique. Elle doit nous aider à comprendre et à pénétrer le mystère à travers le sourire de l’enfant Jésus, notre sauveur.

La trêve n’est ni l’abandon ni le renoncement. Elle est une respiration nécessaire au milieu du tumulte, afin de remettre de l’ordre dans nos vies. Elle est ce moment privilégié où nous retrouvons un cœur d’enfant, un cœur croyant, un cœur confiant dans la providence, cherchant à recevoir plutôt qu’à retenir, à donner en retour, à la mesure de ce qu’il a reçu.

Cette trêve se nourrit du mystère en même temps qu’elle cherche à le comprendre. Un mystère que détruit notre rationalisme apparemment tout-puissant et dont nos échecs devraient nous signifier la relativité… Un mystère dont nous refusons de voir qu’aucune de nos conquêtes ne le fait disparaître ; bien au contraire. Un mystère qui nous fait peur parce qu’il nous échappe, alors que nous ne construisons plus nos vies que sur ce que nous croyons maîtriser. Un mystère auquel nous serions bien inspirés de laisser toute sa place afin que notre vie quotidienne redevienne le lit de notre espérance. Un mystère que nous volons à nos enfants alors qu’il leur est familier…

La contemplation de la crèche et de l’enfant Jésus dans leur simplicité, leur humilité et leur pauvreté est le bain de jouvence de l’humanité.

C’est à leur aune que la croyance de nos enfants au père Noël est le baromètre de notre Espérance et de notre Foi.

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