Discours - Editoriaux - Politique - 13 avril 2015

Le Pen meurt mais ne se rend pas !

Jean-Marie le Pen a fondé un Front national qui, entre-temps, a changé de nature et d’aspirations. Celui d’aujourd’hui n’est pas le sien, trop éloigné tant sur la doctrine que sur le discours de la version originelle. Les concessions, les aménagements ou les reniements auxquels la nouvelle direction a consenti pour se faire accepter dans le jeu politique ont déchiré le cœur d’un combattant de la politique à l’ancienne ; celle où l’on donne de la voix dans les assemblées comme dans les rues, celle où l’on tient ses positions, quoi qu’il en coûte, parce que c’est une question d’honneur.

Le « Menhir » (un surnom qu’il doit autant à ses origines bretonnes qu’à sa droiture) a signé l’acte de naissance de son parti il y a plus de quarante ans, lui a consacré sa vie, ses espoirs, son énergie. Tout ce qu’il a fondé, il est convaincu aujourd’hui de l’avoir vu partir en fumée depuis que Marine le Pen a intégré au dispositif du mouvement ce qu’il méprise exagérément : des avocats aux engagements variables, pense-t-il, et des énarques venus de la gauche, des convertis de la dernière heure ou des tièdes prêts à ramper devant les journalistes pour avoir leur faveur.

Jean-Marie le Pen se sait au crépuscule de sa vie. Il s’inquiète de quitter ce monde avec un poignard entre les omoplates. Son Front national lui a échappé ; il l’a vu s’éloigner année après année, impuissant et inconsolable, conscient de n’avoir plus droit de cité dans ses propres rangs que parce qu’il en est une figure historique et symbolique.

Ses ultimes provocations sont comme un baroud d’honneur, un dernier coup de tonnerre avant de déposer les armes parce que l’âge et la fatigue l’y contraignent. Résigné à voir disparaître son parti tel qu’il l’a fondé et mené pendant des décennies, il quitte la tranchée baïonnette en avant dans un sursaut final pour montrer à grands fracas que le Pen meurt mais ne se rend pas !

Marine le Pen continuera et sera même très certainement renforcée politiquement par l’éviction du Père fondateur, dernier obstacle majeur à la dédiabolisation. Mais Jean-Marie le Pen quittera ce monde avec la satisfaction d’avoir emporté avec lui l’objet de toute sa vie.

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