La vieillesse, a-t-on coutume de dire, est un naufrage. Elle est surtout une mise à nu. En décharnant les corps, elle révèle les âmes. Dégagée des artifices, la personnalité y apparaît alors dans son essence, puis sa quintessence.

De fait, la sagesse qu’on prête au grand âge n’est réservée qu’aux sages, tout comme la méchanceté acide est le lot des méchants : on ne change pas de caractère en attrapant des rhumatismes.

Le caractère de Le Pen, le père, c’est la hargne. La cogne. Le goût pour les procès, la provocation perpétuelle parce qu’il n’y a rien de plus ennuyeux que le ronron de la paix. C’est l’incessant besoin d’en découdre pour se sentir encore vivre, de faire le coup de poing comme au temps de « la Corpo », quand il rêvait de cette gloire militaire qui, toujours, lui est passée sous le nez. Et bien bêtes sont ceux qui lui ont prêté l’habit du tortionnaire en Algérie, lui offrant alors sur un plateau une polémique que, cette fois-là, il ne méritait pas.

À 88 ans, c’est la haine qui le tient encore debout. La haine contre sa fille qu’il s’est juré de détruire parce qu’elle lui a volé la lumière, qu’elle a cassé son jouet. Cela, bien sûr, à la grande joie des médias sur lesquels il a craché toute sa vie mais qui lui offrent encore une scène pour faire son show.

était, mercredi, au tribunal de grande instance de Nanterre pour réclamer sa réintégration dans un Front national qu’il passe son temps à vomir, détaillant à qui veut l’entendre tout le mépris qu’il lui voue désormais. Qu’importe l’absurdité de la démarche, ce qui compte, c’est faire la guerre. Alors, il la fait. Et tant pis si sa vie s’achève sur un champ de ruines. Tant pis pour ceux qui ont cru qu’il y avait dans ce parti un espoir, pour ceux qui y sont venus après lui… parce qu’après lui, le déluge. Il se fout bien de la politique, du pays, des barbus, de l’Europe ou de l’économie. Sa vie-son œuvre, c’est la rancœur haineuse qui brûle tout sur son passage.

Le Pen est arrivé au tribunal entre son avocat et son « conseiller ». Et là, on éclate de rire ! Car le conseiller en question n’est autre que le glorieux Lorrain de Saint Affrique, lequel n’aura existé que comme factotum épisodique de Jean-Marie Le Pen. Champion des allers-retours au Front national, parti en claquant la porte et rentré par la fenêtre, passé chez Bayrou, soutien de Sarkozy, c’est le traître de comédie puisqu’il en faut toujours un. Ainsi, s’étant fait une petite réputation d’expert en publiant l’un de ces nombreux ouvrages pour « dénoncer l’horreur du FN de l’intérieur » (celui de Jean-Marie Le Pen, pas celui de Marine !), il a fait opportunément son dernier retour en grâce en octobre 2015.

On voit là, pour ceux qui ont un peu suivi l’histoire de ce parti, un trait de caractère du vieux Le Pen aussi marqué que son perpétuel besoin d’en découdre : sa fascination pour les personnages troubles. Mélange de gouaille et rêves de luxe, fils de pêcheur chez les nouveaux riches qui s’offre Montretout et la Rolls pour aller avec, l’ex-président du FN a toujours été fasciné par les traîtres et l’argent, accessoirement les particules. C’est le Petit Chose qui court après Versailles.

Pour faire bonne mesure, Le Pen réclame 2 millions de dommages et intérêts au Front national. Pour préjudice moral. Pour son « honneur » perdu.

Alors, en dehors de toute considération politique, je le dis : je plains très sincèrement Marine Le Pen. Je la plains pour n’avoir pas eu – comme ses sœurs, d’ailleurs – d’autre option dans la vie que d’être « la fille Le Pen ». Pour avoir vu, dès l’enfance, toutes les portes se fermer. Avoir découvert l’opprobre en héritage, pris en plein visage le mépris des enseignants, la peur des camarades d’école, le cordon sanitaire établi par leurs mères ; avoir dû se défendre, expliquer, le défendre, lui son père, qui n’a d’autre objectif aujourd’hui que de la détruire et va y consacrer tout le temps qu’il lui reste.

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