Le Mouvement 5 étoiles à la tête de Rome et Turin, une victoire du populisme ?

La victoire du Mouvement 5 étoiles à Rome (Virginia Raggi, 67,2 %) et à Turin (Chiara Appendino, 54,6 %) est-elle une victoire du populisme ? Pour répondre à cette question, il faut au préalable être en possession d’une définition du terme de populisme. Ainsi que de celle du Mouvement 5 étoiles.

Si l’on se contente de la définition la plus sommaire – le “populisme” rassemblerait des groupes proches des couches populaires contestateurs des partis institutionnels, forts dans leur critique du système mais faibles dans leur mise en perspective d’un nouveau modèle de société – et que l’on limite le populisme à un style sans lui affubler un contenu, on peut alors répondre par l’affirmative.

Mais définir le Mouvement 5 étoiles, voilà un exercice un peu plus ardu, s’agissant d’un anti-parti à tous les effets schizophrènes. Né sous l’impulsion de l’ancien comique engagé Beppe Grillo, il brille par l’absence de dessein politique et la dissension entre son fondateur et ses représentants est éclatante, rendant impossible de connaître ses positions sur de nombreux sujets clés. Et principalement en matière d’immigration – thème brûlant dans un pays qui subit de plein fouet la “crise des migrants”. Pour Grillo, l’immigration incontrôlée représenterait une menace, alors que nombre de ses députés y sont plutôt favorables. Cet élément l’écarte des autres mouvements européens dits “populistes”, auxquels on associe généralement une forte composante identitaire qui fait défaut ici.

Les désaccords entre les cadres du mouvement s’inscrivent dans le manque de formation en son sein : on ne rejoint pas le M5S parce qu’attiré par un projet ou une certaine vision de la société, mais parce qu’on est un citoyen désireux de s’investir dans “la chose publique” avec honnêteté et sens civique, et de contrecarrer les politicards corrompus d’un système que l’on voudrait assainir.

Et là se trouvent les raisons de son succès : surfant sur l’anti-politique, Grillo et les candidats M5S ont su dénoncer avec brio l’arrogance, la corruption et la responsabilité dans la crise de la classe dirigeante, l’usurpation de la souveraineté nationale par les institutions transnationales et la mainmise de la finance sur l’économie.

Notons que la restitution promise – et effectuée – d’une part du salaire des élus M5S a renfloué les caisses de l’État de 18 millions d’euros, et a fait office de “preuve d’honnêteté” durant ces élections.

Dimanche, des Italiens ont préféré l’inexpérience (assumée par les deux jeunes candidates) à la représentation du même (les partis “officiels”, surtout après le scandale “Mafia capitale” et les démissions du maire précédent), ce qui est révélateur du discrédit croissant envers la politique institutionnelle.

Concernant les cinq prochaines années d’administration de Rome et Turin, les limites ne résideront pas tant dans les aptitudes à gouverner des nouvelles élues, mais dans leur manque d’audace révolutionnaire, les marges de manœuvre pour gouverner étant tellement restreintes qu’en l’absence d’une remise en question totale de l’appareil, le “tournant historique” annoncé n’aura pas lieu. Il s’agira, tout au plus, d’une opération de nettoyage dont la capitale italienne a bien besoin, tant la corruption et les infiltrations mafieuses sont répandues.

À lire aussi

Poursuivi pour séquestration de personnes, Matteo Salvini fait le buzz

Depuis le blocage du Diciotti, aucune embarcation n’a quitté les côtes libyennes. …