Le moral de nos soldats n’est guère réconfortant quand il n’est pas franchement mauvais. Il n’est plus possible de fermer les yeux sur le mécontentement profond des cadres de notre armée.

En premier lieu, les militaires sont exaspérés par le dédain manifeste dans lequel les tient la classe politique. En outre, le malaise actuel est alimenté, entre autres causes, par la dégradation des conditions d’exercice du métier de soldat qui comporte nombre de servitudes astreignantes que la civile veut ignorer sereinement. Ce n’est pas son affaire. L’officier français est souvent mal logé et mal rémunéré par rapport à son homologue étranger. Il vit mal sa condition d’officier. Il est ainsi victime d’un processus de paupérisation latent qui reflète, qu’on le veuille ou non, un certain manque de respect pour le métier des armes.

Cerise sur le gâteau, les états-majors sont de plus en plus peuplés de "civils", les contrôleurs, dont les militaires de métier estiment, à juste titre, qu’ils ne sont pas à leur place. Il est effectivement permis de se demander ce qu’ils font là alors qu’ils n’ont aucune expérience militaire. À moins qu’il ne s’agisse tout bonnement de contrôler au plus près les dépenses des services. Il en résulte que les professionnels des armées sont de plus en plus privés de leurs prérogatives traditionnelles.

L’on constate le même déclin sur le plan du recrutement. Les meilleurs s’en vont, dès que possible et que l’occasion s’en présente, faire carrière ailleurs, dans la finance ou l’industrie. Il faut bien vivre. Il y a belle lurette que les polytechniciens – Polytechnique était école militaire à l’origine - ne mettent plus les pieds dans l’armée. Même ne fait plus recette et n’offre plus la garantie de valeur et de motivation d’autrefois. Les hommes qui s’engagent dans l’armée pour poursuivre une carrière d’officier le font souvent sans véritable vocation pour le métier des armes. Ce ne sont pas forcément les meilleurs.

Le contrat armée/nation est-il rompu ? Va-t-on s’orienter vers une armée de mercenaires, une armée de "services", une armée bonne à tout faire ? On fera appel à elle à tout propos, pour des opérations extérieures, les OPEX, plus ou moins justifiées, par exemple servir le prestige d’un président en quête de popularité ? On songe évidemment à la guerre contre Kadhafi sous et aux rodomontades de contre la Syrie aujourd’hui…

Autre problème que l’on n’ose pas évoquer, même à mots couverts. Les effectifs comportent un nombre croissant de descendants d’immigrés musulmans ou de confession musulmane, alimenté par l’évolution démographique de la France. Il est légitimement permis de se demander où irait leur loyauté en cas de véritable coup dur, surtout si leur encadrement ne reste pas d’une très haute qualité. Le précédent de l’Afghanistan, où les soldats afghans formés et armés par les alliés n’ont parfois pas hésité à retourner leurs armes contre leurs frères d’armes, devrait donner à réfléchir.

Tout ce qui précède pourrait ouvrir la porte à tous les dangers en cas de troubles civils profonds et prolongés. Il est vrai qu’on en est encore loin. Mais demain ?

31 octobre 2013

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