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Alain de Benoist, invité à donner une conférence à Science Po – école de soumission intellectuelle par excellence -, on croirait presque à un canular. Or, cette chose peu banale s’est produite il y a quelques jours, pour le plus grand mérite, il faut le dire, de ses organisateurs. Cette ouverture au « diable en politique » est une chose suffisamment rare pour être saluée.

Dans le même esprit, la direction de Science Po serait bien inspirée d’inventer un nouveau séminaire d’écriture qui s’intitulerait « La quête de la plus grande objectivité possible de l’information, ou comment ne pas rédiger un article de presse comme ». Quelques exercices de correction, prenant appui sur des cas concrets issus du Monde ou de L’Obs devraient assurer de rapides progrès aux aspirants pigistes.

On se pencherait donc sur une œuvre journalistique d’Ariane Chemin – ce choix n’étant pas dû au hasard, l’intéressée ayant obtenu son diplôme de l’Institut d’études politiques il y a exactement trente ans. On étudierait, disons, son article du Monde datant du 21 avril 2016 dans lequel, justement, elle évoque le passage d’Alain de Benoist rue Saint-Guillaume : « Alain de Benoist, intellectuel d’extrême droite, accueilli à bras ouverts à Science Po. »

Passons sur ce titre, qui contient déjà deux sottises : « extrême droite » – c’est pour le moins inexact – et « à bras ouverts » – il n’y a pas eu, je pense, d’embrassade et de scène de liesse dans la salle de conférence ? Madame Chemin ne peut définir l’intellectuel qu’à l’aide de guillemets, qu’elle met à « penseur » et à « écrivain, philosophe », laissant au présentateur de la soirée la responsabilité de ces qualificatifs, qu’elle répugne à utiliser. Pourquoi ? N’est-il pas objectivement vrai qu’Alain de Benoist écrit et pense – quoi que l’on puisse penser de sa pensée ?

Ariane Chemin s’étonne des citations nombreuses et hétéroclites du « penseur », dénigrant insidieusement sa démarche : « On croirait voir voler des appels de notes. » Comme c’est curieux, un conférencier qui a lu des livres. Un conférencier de 72 ans (elle n’a pas manqué de rappeler en introduction, élégamment, qu’il n’était plus « de la première fraîcheur », constat subjectif et inepte) qui a le malheur de s’en prendre à la « figure honnie du journaliste ». Le choix des mots n’est pas neutre : honnir, c’est un peu mépriser, stigmatiser, n’est-ce pas ? L’homme est animé de haines obsessionnelles. Une évidence.

Pour finir, la bobardière émérite déplore que « l’idéologue » – aurait-elle ainsi dénommé Alain Badiou (et persiflé sur ses cheveux blancs) ? – n’ait pas eu un mot pour le “Hijab Day”. Était-ce un devoir ? Une clause impérative ? Avons-nous besoin de l’avis de madame Chemin sur ce que le philosophe n’a pas dit ? Voilà donc un assez bon exemple de confusion entre le libelle et l’exposé des faits, qu’une réelle formation à la déontologie devrait contribuer à éradiquer du champ médiatique.

24 avril 2016

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