Le ministre Michel Fournier a démissionné : « Michel qui ? »

Et ministre de quoi ? Et avec quel bilan ? C'est aussi pour ça qu'il faut vraiment tourner la page Macron et Lecornu.
Capture d'écran France 5
Capture d'écran France 5

D'un côté, il y a les grands airs, la dramatisation, les postures : la guerre à nos portes, la crise financière imminente, la stabilité politique menacée. Et, bien sûr, les ingérences. Tout ce qui nécessite un sérieux et une responsabilité absolus, incarnés par Macron, qui fait sa rentrée au son du canon, comme le souligne Georges Michel, et par Lecornu qui dévoile enfin, dans Le Figaro, son projet de budget en se prenant pour Pompidou. Et puis, il y a la réalité du macronisme finissant, avec tous les voyants au rouge vif, tous les effondrements : natalité, niveau scolaire, croissance, pouvoir d'achat, déficits, immigration, insécurité, etc. Et puis cette information tombée entre deux dépêches, insignifiante : Michel Fournier, ministre délégué chargé de la Ruralité, a annoncé son départ du gouvernement, ce vendredi 18 septembre. Nouvelle insignifiante, pas l'homme Michel Fournier, qui est somme toute un élu rural éminemment respectable (élu, réélu maire de sa petite commune de 300 habitants depuis 1989 !). Insignifiante ou tellement révélatrice de ce que fut l'illusion macroniste dans son ultime avatar, le gouvernement Lecornu ?

L'enfant de la dissolution et de Lecornu

À tous les effondrements cités plus hauts imputables à Macron, il faut évidemment ajouter la crise politique et institutionnelle qu'il a précipitée par sa dissolution de 2024. Non seulement, pour citer Gabriel Attal, un expert en macronisme, « tout est parti en live, avec cette dissolution qui a contribué à quasiment flinguer l'économie française », mais l'instabilité a régné, avec la valse des Premiers ministres, des 49.3, des motions de censure. Jusqu'au psychodrame de la démission-renomination de Lecornu à Matignon : souvenez-vous, c'était il y a presque un an, le 10 octobre dernier.

Eh bien, dans cette fuite en avant, ce théâtre d'ombres permanent du macronisme, il y a eu, aussi, une place pour Michel Fournier, par la grâce de Lecornu et avec la bénédiction de Macron : le 12 octobre 2025, ce Vosgien à la moustache de 75 ans était nommé « ministre délégué auprès de la ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation Françoise Gatel, chargé de la ruralité ». Le nom de Michel Fournier ne nous dit rien ? Pas plus que celui de Françoise Gatel. On a mis dix mois à connaître Monique Barbut, même si on aurait préféré éviter de faire sa connaissance. « Michel qui ? », a d'ailleurs taclé un député interrogé par l'AFP : « Il fait partie de cette cohorte de ministres, sous‑ministres et secrétaires d'État dont nous ne connaissons ni le visage ni le nom, qui apparaissent au moment d'un texte sur un banc et disparaissent aussi vite que les champignons », poursuit ce parlementaire. Avec Michel Fournier, on a le ministre transparent parfait : il a appris sa nomination à la télévision, il est parti sans désaccord, sans doute pour retrouver son siège à l'Association des maires ruraux de France, qu'il présida de 2020 à 2025.

Son bilan de ministre ?

Visiblement peu présent à l'Assemblée nationale, sur les bancs du gouvernement, Michel Fournier a quand même soutenu, en mai, une proposition de loi sur la montagne. Alors qu'il défend la position du gouvernement sur un amendement relatif à des fermetures de classes, une députée s'étonne de son avis défavorable. « Je tiens à rappeler que je ne donne que l'avis du gouvernement », répond-il, suscitant les moqueries de tous les bords de l'Hémicycle : « Ah, vous n'êtes pas au gouvernement ? » L'intéressé lui-même reconnaît, sur le départ, son manque de notoriété : « J'ai peut-être été trop discret », avoue-t-il auprès de l'AFP. Il estime aussi avoir « fait un travail en profondeur ». Ce dont on peut douter, à voir l'état de colère actuel du monde rural. Mais alors, la valeur ajoutée « Michel Fournier », c'était quoi, dans l'univers mental de Macron et Lecornu ? D'après une conseillère au gouvernement citée par l'AFP, « c'était rafraîchissant d'avoir un ministre qui représente réellement la ruralité, qui n'est pas un technocrate et qui sait de quoi il parle ». Michel Fournier, c'était le ventilateur des énarques macronistes, quoi. Mais sinon ? Toujours selon l'AFP, vendredi matin, de retour dans les Vosges et méditant devant un troupeau de vaches, Michel Fournier s'est dit : « Je serais resté si le gouvernement s'était installé dans les Vosges. » C'était aussi cela, le macronisme : une insignifiance de dingue.

Picture of Frédéric Sirgant
Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

66 commentaires

  1. Tout est bien qui finit bien, il aura sa retraite de ministre qui viendra s’ajouter à tout ce qu’il a réussi à gratter depuis 1989.

  2. Travailler sous Macron c’est devenir inutile et incompétent. Il n’écoute personne . Le quitter doit permettre de retrouver sa liberté et utiliser son savoir faire.

  3. J’ ai dû rater quelque-chose, je croyais qu’il avait démissionné il y a des mois, voire des années .
    Il aurait été sans doute meilleur en 1er ministre que tous ceux que macron a nommé.

  4. C’est bien mignon tout ça…mais un ministre si ministricule qu’il soit, suivi de sa cohorte de secrétaires, conseillers et toute la smala coûte cher, très cher à Nicolas et c’est dommage l’article ne le précise pas.

  5. Bof ! On lui a donc permis de butiner les fleurs du pouvoir républicain quelque temps . Il n’a peut-ètre fait aucun mal à qui que ce soit. On ne le saura jamais. Inconnu il était. Inconnu il restera. La macronie fonctionne pour une bonne part ainsi.

  6. Que faisait M. Fournier pendant les canicules ? Il aurait dû prendre son camping-car et dormir près du terrain, auprès des ruraux qui se battaient contre le feu et contre les technocrates de préfecture. Mais peut-être qu’à 75 ans on a besoin de vacances ? C’est pas Edouard Philippe qui lui jettera la pierre…

  7. Un brave homme, certainement. Utilisé par les faux-jetons de la Macronie pour faire croire qu’il y aurait parmi eux de braves gens. Mais sans aucun pouvoir réel.

  8. Ce monsieur est peut être un brave type mais il fait la démonstration qu’on a nommé ministre vraiment n’importe qui pour remplir la case. Sa sagesse lui commende de retourner là où il est utile et on ne lui en veut pas pour ça mais plutôt pour avoir aidé un premier ministre à boucler son gouvernement toxique uniquement dédié à maintenir Macron au pouvoir.

  9. Les rats commencent à quitter le Titanic macronien, en effet personne ne voudra endosser la responsabilité du désastre de Jupiter.

      • Macron a sans doute un copain a placer quelques mois pour qu’il puisse bénéficier d’un bonus sur sa retraite…

    • Personnellement je l’ai appris il y a 45 ans lorsque Mitterrand nomma, André Henry, le patron du syndicat des enseignants  » ministre du temps libre »…
      Depuis la France ne cesse de dégringoler !

  10. Quel est en moyenne le nombre de ministres dans les pays européens ? La France en a de 3 à 4 fois plus que la moyenne. Et combien de ministres aux Etats-Unis ? Tous ces pays ne sont clairement pas moins bien gouvernes que la France, nous avons me6la preuve inexorable que c’est le contraire. Et c’est comme ça à tous les niveaux en France, que ce soit élus ou fonctionnaires sous leurs ordres. Mais ces pauvres ministres parlent de baisser leurs rémunérations de. 10 % et s’attendent à être remerciés en plus. Mais le salaire de ces gens est une broutille par rapport à ce qu’ils coûtent au contribuable. A quand la publication d’un document éclairant les Français sur ce que lui coûte l’Elysée, le président et son entourage, les ministres, l’assemblée nationale, le sénat, le conseil constitutionnel, etc . Et pourquoi ne pas comparer avec d’autres républiques, bien mieux gères que la France ? Et à quand un grand audit sur le financement des syndicats, des artistes (même autoproclamés), de la presse, etc avec énumération claire des montants attribués à chacun et surtout critères d’attribution. Et les économies tant convoitées apparaîtraient incontestablement.

    • Oui , c’est vrai ce que vous dites ! Il faudrait engager un bureau conseil pour faire autre chose que de chercher à faire des économies sur le dos des français mais aussi déterminer le rapport coût , bénéfice, des ministres en regard des dépenses publiques qui ne font qu’augmenter . Mais le prix de la communication n’a pas de limite, parce que ce monsieur n’était visiblement et à son corps défendant ,qu’un élément de cette com du gouvernement pour faire croire qu’ils s’intéressaient un tant soit peu au sort des agriculteurs . La com toujours la com , à croire que nous n’avons été gouvernés que par de la com alors que tout se jouait à Bruxelles .

  11. Ministre délégué , ça veut tout dire , profiteur , quoi , il s’en va avec sans doute une prime juteuse , bonne retraite non indexée lui et va se retrouver à une bonne place également juteuse dont il sera absent tout le temps

Les commentaires sont fermés.

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Yves-Marie Sévillia et Boulevard Voltaire ⇦

Les fautes sur les pancartes résument tout l’échec de l’Éducation nationale