Le MEDEF en campagne pour le TTIP

Le moins qu’on puisse dire est que Pierre Gattaz n’a pas peur de la difficulté quand il se propose d’informer, le 19 avril prochain, ses mandants de la teneur du TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), dit aussi , négocié dans le plus grand secret entre la Commission de Bruxelles et le gouvernement américain au cours des derniers mois et prêt à être ratifié.

Mais cette information est singulièrement biaisée puisque ne sont invités à la tribune que cinq partisans dudit traité : Matthias Fekl, le jeune secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, Cecilia Malmström, commissaire européenne au Commerce, Bernard Spitz, président du pôle International et Europe du MEDEF, Jean Lemierre, président de BNP Paribas et du comité négociations commerciales multilatérales du MEDEF, enfin l’inusable Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC dont personne ne suppose qu’il puisse être un adversaire farouche dudit TTIP.

On sait tout ce qu’a de contestable ce projet qui, en principe vise à accroître le libre-échange transatlantique mais qui pourrait marquer la fin des dernières spécificités de la culture européenne, notamment en matière alimentaire et cinématographique.

Un des dispositifs les plus controversés est celui qui prévoit, en cas de litige entre un État et un groupe financier ou industriel, d’avoir recours à un tribunal arbitral composé de personnes privées. Ainsi, la législation votée démocratiquement par un État souverain pourrait être cassée par des arbitres internationaux sans légitimité démocratique d’aucune sorte. Par exemple, si un État veut interdire ou limiter les OGM, Monsanto pourrait obtenir l’abrogation de cette législation par un arbitre ou alors imposer audit État de considérables indemnités. Même chose pour toute mesure de protection de l’exception culturelle française, par exemple les avances sur recettes propres au cinéma français.

Nul doute, en tout cas, que les États-Unis, dont on commence à connaître les manières de faire, veilleront à ce que la liste des arbitres agréés ne comporte pas d’ennemi déclaré de leur hégémonie politique et économique.

Il est, en outre, hasardeux de penser qu’ils se sentiront jamais liés par un tel traité si, d’aventure, il venait à porter un préjudice sérieux à leurs intérêts. Aucun des patrons français exportant aux États-Unis n’a été invité à la tribune, et c’est dommage. Ces gens-là connaissant les habitudes de notre allié, soi-disant grand libéral.

Il est regrettable que le MEDEF, affichant son parti pri pro-TTIP, apparaisse comme l’avocat unilatéral de l’idéologie mondialiste.

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