Un pas a été franchi hier dans l’horreur avec l’assassinat d’un prêtre octogénaire, en pleine messe – c’est-à-dire au moment de célébrer l’Eucharistie – par deux islamistes. Quelle est votre réaction en tant que musulman et président de Fils de France ? 

Ma réaction est celle qui traverse le pays réel. D’abord un choc, puis de la tristesse, puis de la rage – par l’envie naturelle de châtier douloureusement les auteurs du crime – et enfin la réflexion sur le « pourquoi » et surtout le « comment », afin d’agir en vertu des valeurs cardinales qui sont les miennes. Le martyre d’un homme de Dieu est une forme nouvelle de traumatisme collectif rappelant à beaucoup de Français que le catholicisme est la historique de notre pays.

Fils de France œuvre depuis sa création à rappeler aux Français, sans distinction de religion, que le catholicisme est fondateur de l’identité française. Je mesure aussi combien le martyre du père Hamel produit une réaction émotionnelle foudroyante prompte au désir instinctif de vengeance. La question étant de savoir sur qui exercer ce désir de vengeance. Sur les coupables, bien entendu, mais qui peut prétendre à pouvoir les débusquer avant le passage à l’acte ? Les ministres de l’Intérieur de gauche ou de droite semblent se trouver dans la même difficulté. En revanche, au niveau du Quai d’Orsay, il reste de nombreuses choses à faire et, en premier lieu, interrompre nos relations avec l’Arabie saoudite. Mais les intérêts financiers paralysent toute initiative en ce sens.

La vulgate médiatique a longtemps tenu le discours du « pas d’amalgame »… Mais pour nombre de Français, ce discours ne tient plus : « Si tous les musulmans français ne sont pas des terroristes, tous les actuels terroristes sont musulmans. » Comment vivez-vous cette situation ?

Je suis en vacances en ce moment dans mon Berry natal, au milieu de ma famille et amis d’enfance, toutes confessions confondues. Tout le monde est sous le choc, désorienté.

Si l’idée de ne pas amalgamer criminel et innocent ne tient plus, alors amalgamons criminel et innocent ! Le a fait 200.000 morts en Algérie entre 1992 et 2002, et plus encore aujourd’hui en Irak et en Syrie. Les centaines de milliers de victimes doivent donc être amalgamées à leurs bourreaux ? L’ironie à propos du néologisme « padamalgame » est autant risible qu’inquiétant.

Pensez-vous que nous sommes à l’avant-jour d’un conflit politico-religieux en France ?

Beaucoup en parlent et annoncent cette guerre civile depuis un long moment. Une guerre civile entre non-musulmans (90 % de la population) et musulmans (10 % de la population). Ce qui reviendrait plutôt à une Saint-Barthélemy nouvelle version. Je sillonne depuis 1993 les mosquées de France, j’y ai donné des centaines de conférences et je continue en portant le discours des Fils de France. Il est urgent que les tenants de cette prophétie et ceux qui y croient aillent rencontrer la mosquée de leur ville.

Depuis ma plus tendre enfance – je suis né en 1974 -, le Front national m’a été décrit comme l’antre du mal… J’ai pris l’initiative d’aller à la rencontre de ses militants, j’y ai découvert des Français inquiets de l’avenir de leur identité, des Français dont les médias parlaient sans jamais leur donner la parole, sinon pour les piéger. On dit aussi que cette « guerre civile » sera déclenchée par les partisans de l’extrême droite de notre pays. Je suis allé à la rencontre des personnalités citées ou de leurs proches collaborateurs. Aucun d’entre eux n’avait le désir d’aller incendier les mosquées un jour de grande prière. En revanche, tous craignent l’attentat sous faux drapeau, récurrent dans l’histoire des conflits depuis l’Antiquité.

Certains en sont réduits à avoir peur de devenir étrangers en leur propre pays. Cette crainte vous paraît-elle illégitime ?

Oui, cette crainte est légitime. L’absence de frontières, les flux migratoires incessants et qui risquent de s’amplifier provoquent des craintes identitaires justifiées, mais cela est imputable à l’ensemble de la classe politique depuis l’inutile regroupement familial sous Giscard en 1974. Concernant les « racines chrétiennes » de la France, concept très à la mode en ce moment, il faut juste rappeler que le 14 Juillet dont la République est si fière donne le coup d’envoi d’une lutte contre les valeurs catholiques par la décapitation du roi, la persécution du clergé, la tentative de destruction des églises… Où sont-ils, les proclamateurs des racines chrétiennes de la France, face aux 200.000 avortements par an, face à la loi de 1905 qui prive la majorité des jeune Français de l’Église, chassée de l’enseignement public, face aux « progrès » du mariage pour tous. Alors, oui, très clairement oui, la peur est légitime mais il faut demander des comptes à celles et ceux qui perpétuent les causes.

L’ doit-il évoluer, selon vous ?

Votre question est très naïve, car elle ne connaît pas les débats internes aux théologiens musulmans, mais envisage l’ par les métastases du terrorisme. Daech, Al-Qaïda, AQMI, Boko Haram représentent les tumeurs d’un cancer dont les musulmans paient le prix fort par le sang, par la peur. Beaucoup de mes amis connus durant l’opposition à la loi Taubira sont devenus, en quelques mois, « islamologues ». Tout cela est très triste. L’espérance d’un front conservateur uni pour remettre les valeurs fondamentales de la famille, de la vie, de l’ordre, de l’autorité ont été balayés en quelques semaines par Daech. Oui, cela est vraiment très triste.

28 juillet 2016

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