Editoriaux - Histoire - Table - 6 février 2013

Le mariage gay adopté par les députés… britanniques

La Chambre des Communes a adopté la loi sur le mariage gay ce lundi. On peut, en premier lieu, s’étonner de la rapidité avec laquelle cette loi a été votée. Est-ce dû au flegme anglais ? Les Britanniques – à l’inverse de la France — ont changé le droit de la famille avant de s’attaquer à la réforme du mariage.

Le gros du travail avait été fait en amont. Avec les Equality rights – lois anti-discriminations — de 2006 et 2010, l’adoption est ouverte à tous les couples ainsi qu’aux célibataires. Notons qu’il n’y a pas de naissance sous X et les couples adoptants sont obligés, dans l’intérêt de l’enfant, d’entretenir un contact avec sa famille biologique : cela peut consister en une lettre par an à la mère, ou bien des visites aux frères, sœurs ou grands-parents. Dans le contexte post-traumatique d’une adoption, la filiation et l’histoire propres sont préservées. La PMA est permise et reste à la charge du demandeur, les mères porteuses sont acceptées si elles ne font pas l’objet d’une transaction financière.

Les députés de Westminster ont voté la loi par 400 voix contre 175. Il y avait une liberté de vote, et les 175 « contre » sont issus essentiellement des rangs conservateurs, parti du Premier ministre dont seulement 130 ont voté « pour ». Le projet de mariage gay ne figurait pas dans le programme électoral du candidat Cameron. Ce dernier s’est fait le champion de la cause gay pour attirer les voix d’un électorat progressiste et citadin. Le projet est donc passé avec les votes des travaillistes et des libéraux démocrates. C’est une véritable révolution de palais, mettant un David Cameron en minorité à l’intérieur de son parti. Rappelons qu’un Premier ministre en Grande-Bretagne n’est pas élu au suffrage universel, c’est le leader du parti et il est choisi par les parlementaires.

La loi n’entrera en vigueur qu’après que la Chambre des Lords, le Sénat britannique, ait examiné le texte. Les pronostics sont partagés, car l’ouverture du mariage soulève la problématique du mariage religieux. Au Royaume Uni, les Églises peuvent marier civilement. Le gouvernement a garanti que la loi n’obligerait pas ces dernières à marier des couples qui ne correspondraient pas à leur définition du mariage. Mais en vertu des Equality rights qui condamnent toute discrimination, une Église pourrait voir son droit au mariage retiré par le jugement d’une Cour Britannique ou européenne. En d’autres termes, le droit au mariage pour tous, pour plus d’égalité, pourrait signifier moins de liberté pour les Églises ! Une égalitaire épée de Damoclès se balancerait au-dessus de la tête du clergé. La seule solution serait alors d’amender les « Equality rights », ce que David Cameron refuse de faire.

Le projet va sûrement passer. Mais quel désastre ! Un parti conservateur en état de guerre civile et une Église dans tous ses états…

À lire aussi

Hollande fait la leçon à Cameron : risible !

Pourquoi reprocher au Royaume-Uni de vouloir redéfinir sa place en Europe ? …