À l’inverse de tous les beaux esprits de la presse et du monde politique, je n’ai pas encore lu le livre de Michel Houellebecq, Soumission. Une chose me sidère cependant : l’invective quasi généralisée que suscite ce « roman » avant même sa diffusion à grande échelle. Éric Zemmour lui-même n’avait pas connu pareil traitement.

Cela signifierait-il que les « dialecticiens » de la tolérance à sens unique, instruits de l’intérêt des Français pour les « évolutions » identitaires, prendraient les devants pour s’assurer un petit éditorial avantageux ?

Notre bon Président, toujours prompt à marquer sa singularité (en regard de Fleur Pellerin, qui ne lit pas, et de Manuel Valls qui dit ce qu’il ne faut pas lire), assure : « Je le lirai parce qu’il fait débat. La littérature, c'est la liberté… » Dont acte ! Mais sa largesse d’esprit trouve alors sa limite quand il incite les Français à ne pas se laisser « dévorer par la peur » puisque, selon lui, « ce que l'on pense toujours être une audace littéraire n'est qu'une répétition : il y a toujours eu, siècle après siècle, cette tentation de la décadence, du déclin, de ce pessimisme compulsif, de ce besoin de douter de soi-même ».

En somme, l’hypothèse du livre serait une pure vision de l’esprit, le propos de l’auteur une simple provocation et le risque de voir s’éteindre notre civilisation une grotesque ; le nombre et la taille des mosquées construites en France ne serait que le résultat d’une illusion d’optique ; les revendications sur les menus dans les cantines scolaires une baliverne ; les tenues vestimentaires exhibées de façon ostentatoire, malgré la loi, des racontars ; les prières de rue un simple rêve ; une population musulmane de plus en plus importante, au point de peser un jour sur l’expression électorale, un mythe...

La liste des manifestations « chimériques » de ce que Renaud Camus nomme, sans doute par exhortation haineuse, le Grand Remplacement, menace d’être insuffisante pour infléchir le jugement de ces beaux messieurs, bien qu'elle soit très longue.

C’est à se demander, devant une telle barrière de la pensée, si, effectivement, il n’existerait pas un vaste complot visant à réduire toute identité pour constituer un ample conglomérat de gens soumis et - pour ma part, j’ajouterai - consuméristes.

Par bonheur, il existe des intellectuels, tels Emmanuel Carrère, qui dit combien Soumission est, à ses yeux, "un livre sublime" et Houellebecq un "romancier plus puissant qu’Aldous Huxley et George Orwell". "S’il y a quelqu’un aujourd’hui, dans la littérature mondiale et pas seulement française, qui pense l’espèce d’énorme mutation que nous sentons tous en cours sans avoir les moyens de l’analyser, c’est lui."

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11 janvier 2015

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