Editoriaux - Entretiens - Médias - Politique - Sciences - Table - 16 décembre 2014

Le Liban est la colonne vertébrale du christianisme en Orient.

Elisa Bureau est la responsable de SOS Chrétiens d’Orient au Liban.

Elisa Bruneau, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs en quelques mots ?

Habitant au Liban depuis dix mois pour finir ma maîtrise de sciences politiques, j’ai cherché à comprendre la mentalité du Moyen-Orient. Je viens de finir mon mémoire traitant des relations entre les musulmans chiites et les chrétiens du Liban. J’ai poursuivi mon séjour au Liban par un stage à l’IFPO (Institut français du Proche-Orient). Le travail de terrain m’a permis d’approfondir ma connaissance des mentalités libanaises.

En juillet 2014, lors de la mission de SOS Chrétiens d’Orient, « L’Orient avec saint Charbel », j’ai décidé de donner de mon temps à mes frères d’Orient. Ma place au Liban ne pouvait se résumer à « moi et mes découvertes ». Cette association se donne comme objectif fou d’assumer à la place de nos gouvernants le rôle historique de la France en Orient. Cette ambition m’anime d’un courage incroyable et d’une forte espérance. […] De quoi redorer un blason français largement terni au Levant par l’impéritie de nos politiques et de nos médias aux ordres.

Vous avez lancé l’association libanaise sœur de SOS Chrétiens d’Orient. Pourquoi ?

Lors du passage de Charles de Meyer (président de SOS Chrétiens d’Orient) en juillet dernier, nous avons décidé de créer une antenne au Liban. En effet, nous nous sommes rendus compte de la nécessité d’avoir une présence continue et stable en Orient. Il est vrai que les actions menées au Liban ne sont pas de même nature que celles qui se déroulent en Syrie et en , mais les Libanais ressentent aussi le besoin de renouer des liens autres que financiers ou marchands avec la France. Pour les Libanais, la France reste leur « maman » : même s’ils ont peu d’espoir dans les actions politiques de la France, ils n’en restent pas moins très attachés à elle et la connaissent très bien. Les Libanais sont tout aussi catastrophés que nombre de Français par le caractère laïciste et profondément anti-chrétien de nos politiques.

C’est donc par le Liban que SOS Chrétiens d’Orient lancera sa mission de . Quel sera votre programme ?

Nos actions au Liban s’appuient sur trois piliers : la prière, la formation et l’action caritative. […] C’est en nous mettant sous la protection de saint Ignace d’Antioche, notre saint patron, que nous débuterons notre mission. À la rencontre des communautés chrétiennes du Liban, les visites prévues permettront aux Français de rencontrer des Libanais de rites chrétiens différents et de prendre conscience de la diversité au sein même de l’Église catholique. Découvrir les chrétiens au Liban, c’est aussi découvrir les chrétiens d’Arménie, puisque une importante communauté arménienne est présente depuis le XVIIIe siècle. Nous découvrirons donc le quartier de Bourj Hammoud en commençant la journée par la sainte messe et la crèche vivante organisée par les élèves de l’école arménienne catholique.

Volontaires libanais et français se rendront ensuite dans la région de la Bekaa pour organiser une journée de Noël avec des enfants libanais orphelins, pauvres et démunis. Cette journée phare de la mission permettra aux enfants comme aux volontaires de la mission de vivre pleinement l’esprit de Noël dans la simplicité de la crèche…

Une autre journée sera consacrée dans la région du Sud à dominance musulmane chiite. Malgré les guerres et les tensions, les Libanais chrétiens et musulmans continuent à vivre ensemble. Forts de leur héritage biblique, les villages comme Marjayoun, Mardouché, Sour, Cana abritent en leur sein musulmans et chrétiens cohabitant paisiblement.

On pourrait penser que le Liban n’a pas besoin du soutien des chrétiens français. Pourquoi agir là-bas ?

Depuis les plus hautes périodes de la chrétienté, l’Église maronite et la France ont entretenu des relations d’amitié. Les Libanais chrétiens sont encore en grande majorité francophones, cela est dû à la mission éducative des Jésuites français à partir de la fin du XVIIIe siècle. Ils ont créé des écoles et des hôpitaux catholiques au Liban qui sont aujourd’hui encore très actifs. Ils ont agi dans tous les milieux sociaux. Notre action au Liban n’est en réalité que la continuité de ce lien qui existe depuis l’an Mil !

Les Libanais sont de plus en plus nombreux à quitter leur pays, face à une économie très instable et à la montée de l’islamisme… les Libanais ont besoin de soutien. Il ne faut pas attendre que la situation se dégrade et que le pays entre à nouveau dans une guerre fratricide, alors qu’il se relève péniblement des précédents conflits, pour se montrer présents. Comme le soulignait le pape Benoît XVI, le Liban « pays message » est la colonne vertébrale du christianisme en Orient.

Les Libanais rêvent tous de partir en France, et vous, vous quittez votre confort et votre facilité de vie pour vous immerger dans un pays de tensions et de conflits : pourquoi ?

L’enjeu est d’arriver à leur faire comprendre que leur place demeure en Orient et que c’est ensemble, Libanais, Français, chrétiens que nous assurerons l’avenir et la paix dans nos pays réciproques.

Entretien réalisé à Beyrouth le 11 décembre 2014 par Armel Le Péach

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