Entretien réalisé par Claire Verdier.

Au lendemain de la manifestation du 26 mai qui a mobilisé des centaines de milliers de Français, retour sur la « faible » réaction des forces de l’ordre face aux casseurs, lors de la célébration du troisième titre de champion de France du PSG. Beaucoup d’opposants au Mariage pour tous dénonçant un deux poids deux mesures dans la répression policière. Comment expliquer le malaise des politiques et leurs difficultés à condamner avec la plus grande fermeté les violences de ces casseurs ? Éléments de réponse avec Malika Sorel-Sutter, membre du Haut Conseil à l’Intégration et auteur de , intégration : le langage de vérité, (Mille et une nuits – Fayard, 2011). Premier volet.

Alors que les joueurs du Paris Saint-Germain se rendaient au Trocadéro pour célébrer leur troisième titre de Champion de France, la fête a dégénéré. Fallait-il s’y attendre ?

En tant que simple citoyen, pas nécessairement ; mais en tant que service d’ordre dont la fonction est de parer à toute possibilité de trouble majeur à l’ordre public, oui. D’autant que des incidents s’étaient produits dès la veille. Dans les semaines qui ont précédé, il s’était également produit des incidents à Lyon, Saint-Étienne, . De manière récurrente, tout rassemblement dans des lieux publics est, depuis plusieurs années déjà, susceptible d’être la cible d’attaques de grande violence, sans compter les dégradations et vols qui sont perpétrés à cette occasion. Souvenons-nous des cortèges lors des manifs CPE. Des groupes de casseurs très mobiles fondaient sur des étudiants pour les agresser et les détrousser. C’était en 2006 !

La France dispose de moyens de renseignement efficaces. On ne comprend pas que cela ne se traduise pas par une anticipation quant à la sécurisation des événements publics. Les cellules de renseignement ont pourtant déjà démontré, jusqu’à ce jour, leur efficacité dans la du territoire autour, par exemple, des filières djihadistes que le ministre de l’Intérieur a récemment publiquement évoquées. Si ce n’est cette efficacité, il y aurait déjà eu d’autres Merah.

Selon Le Canard enchaîné, le responsable chargé de l’ordre public était en vacances ce jour-là, et le préfet de police, au lieu de rester mobilisé dans la capitale, se trouvait à Lyon aux côtés du ministre de l’Intérieur. Il est évident qu’au vu des débordements qui se produisent, le commandement devra à l’avenir systématiquement rester mobilisé à chaque grand rassemblement prévu afin de pouvoir diriger les opérations en temps réel en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain. En 2008, le Livre blanc de la Défense se voyait accoler un volet sécurité nationale. Il serait temps que les forces stratégiques qui y étaient définies — la connaissance et l’anticipation, la prévention, la protection et l’intervention — soient mobilisées. Il y a continuum entre l’esprit de défense et celui de sécurité.

Qui sont ces jeunes casseurs ? Comment expliquer leur comportement ?

Les images qui ont tourné en boucle mettent en évidence que beaucoup de casseurs étaient issus de l’immigration du Sud. Leur but ? Ils ne s’en cachent pas. Voici un recueil de témoignages qui a été diffusé en boucle sur France Info : « Qu’est-ce qu’on est venu faire ? On est venu fêter la victoire des Clignancourt. C’est un prétexte pour faire la guerre sur les Champs. Le programme ? On va casser le plus de camions de police possible. Voilà, tout simplement ! Là, on va casser le magasin du (?). Nous, là ce soir, on est venu. On habite dans le XVIIIe à Clignancourt. On va tout casser ce soir. On s’en fout du foot, nous. Le car est venu. On n’est même pas allés le voir. On n’en a rien à foutre. »

Ces groupes d’individus sont dans une grande haine de la société française. Leur comportement résulte du laxisme de nos institutions et d’une partie du monde associatif. Malheureusement, ce laxisme a perduré, y compris vis-à-vis des parents qui n’ont jamais été placés face à leurs responsabilités et dont on n’a jamais exigé de réparer les dégradations commises par leurs enfants lorsque ces derniers sont mineurs. Les citoyens ont aussi leur part de responsabilité. Tant qu’ils n’étaient pas concernés dans leur quotidien par l’échec de l’insertion et de l’intégration, alors ils préféraient relativiser. C’est parce qu’un nombre conséquent de citoyens ont été réceptifs aux thèses diffusées par la « bien-pensance » que cette déresponsabilisation a pu aussi facilement et rapidement se répandre.

Tous ceux qui, depuis des décennies, fondent leur approche du sujet de l’immigration-intégration sur la mise en cause de la société d’accueil, qui serait une société fermée et raciste, portent une part de responsabilité dans le désastre. En résumé, le comportement des casseurs a été largement favorisé par l’attitude de notre société dans son ensemble. Bien entendu, le regard très négatif qu’ils portent sur la culture française – très éloignée de la leur – a aussi joué un rôle décisif. Nous payons un lourd tribut au fait d’avoir négligé le rôle joué par la culture d’origine, et d’avoir considéré que le processus d’intégration d’extra-Européens était identique à celui d’Européens.

Comment expliquer le malaise des politiques et leurs difficultés à condamner avec la plus grande fermeté ces violences ?

Il y a le passé qui a empêché de voir le présent, le poids de l’Histoire, y compris celle de la Seconde Guerre mondiale qui a véritablement tétanisé les Européens. Il y a aussi les dirigeants politiques qui ont et de ce fait justifient, cautionnent et pardonnent tout. Le problème, c’est qu’une telle posture est perçue comme une « approche de minette », donc méprisée. On sait en effet le sort fait aux valeurs identifiées comme féminines dans les cultures du Sud de la Méditerranée. Désormais, il faut également compter avec le poids électoral des populations de l’immigration. À ce sujet, il faut relire le rapport publié par Terra Nova en 2011, : quelle majorité électorale pour 2012 ? Tout y est écrit noir sur blanc et sans détour et aujourd’hui des mesures concrètes sont mises en œuvre. Regardez comment les allocations familiales sont ôtées à une partie des familles. Nous savons très bien quelles familles sont visées par ces mesures quand, dans le même temps, on fait entrer une immigration qui arrive au bas de l’échelle sociale puisqu’elle provient des classes sociales pauvres de pays étrangers. Les députés viennent également de voter un amendement pour rendre payantes les classes préparatoires aux grandes écoles. Qui va en faire les frais ? Nous assistons à une déconstruction en règle de notre modèle social, effectuée au détriment d’une partie de la communauté française.

Revenons à la question du comportement des politiques envers les voyous. Chemin faisant, par leur attitude laxiste envers les voyous, les élites donnent une image très négative des populations de l’immigration car au motif de ne pas stigmatiser, on laisse finalement entendre à l’opinion publique qu’« ils sont tous pareils ».

Un projet actuellement en cours va dans la mauvaise direction, c’est celui de la réforme de la saisine de l’Inspection générale de la police nationale. Tout citoyen pourra déclencher une enquête sur les policiers. C’est, dans les faits, jeter la suspicion sur les policiers. doit accepter d’abandonner cette idée, qui n’émane d’ailleurs peut-être pas de lui, comme il avait eu la clairvoyance de reculer à temps sur la question des récépissés. Mais une chose est sûre, tout cela fragilise les policiers sur le terrain, à un moment où assurer la sécurité des Français exige que la police soit soutenue et non pas affaiblie.

27 mai 2013

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