Discours - Editoriaux - Médias - Société - Sport - Table - 13 juin 2016

Le hooligan anglais, la figure médiatique qui arrange ?

Les médias, qui nous invitent à ne pas faire d’amalgames lorsque la réalité travestit leur discours, n’aiment rien tant que jouer de l’archétype qui valide leur grille de lecture : à cette aune, le supporter anglais est forcément un hooligan gorgé de bière.

À voir les Britons bomber leur panse à houblon, vociférer et enchaîner les actes de vandalisme, pendant trois jours à Marseille, on ne peut pas leur donner entièrement tort. La réalité, pourtant, est forcément plus complexe.

Le fonctionnement du supporter de Sa Gracieuse Majesté est primesautier : arrivé dans la ville qu’il croit conquise par sa simple présence, il s’installe dans le premier café ressemblant de près ou de loin à un pub de Londres, de Leeds ou de Newcastle – tous les pubs se ressemblant —, attache le tissu représentant la croix de saint Georges, avale quelques bières et se met à déployer sa gorge pour faire connaître au monde sa tessiture.

Le chant que les Anglais ont entonné des dizaines de minutes durant à Marseille, dans la ville et le stade, illustre à merveille ce tempérament :

Don’t take me home. Please don’t take me home. I just don’t want to go to work. I wanna stay here drink all your beer. Please don’t take me home. »

C’est dans la bière, justement, que naissent les problèmes, et dans ses effets que les tables, les chaises et les bouteilles commencent à voler. On pourrait parler de hooliganisme old school.

Ce que les médias omettent en revanche de raconter, mais que la Bonne Mère a dû voir, si elle est – une fois n’est pas coutume — de bonne foi, c’est qu’il s’est joué, sur le Vieux-Port, une partie à trois dont les Britanniques ne furent qu’un des protagonistes et la victime expiatoire permettant de masquer une autre réalité : pour les médias, il ne fallait en aucun cas, stigmatiser la « jeunesse » locale (les Parisiens ayant arboré un étendard “Turkish fans not welcome” n’eurent pas droit à la même clémence, peu important aux médias que les Turcs eussent sifflé la minute de silence après les attentats du 13 novembre).

Depuis plusieurs semaines circulent, dans la cité phocéenne, des appels à « tuer de l’Anglais ». En 1998, en marge de la rencontre entre l’Angleterre et la Tunisie lors de la Coupe du monde, les petites frappes des quartiers s’étaient déjà mobilisées pour chasser les Britanniques. Les événements de ce week-end ne furent que le second acte d’une pièce entamée il y a dix-huit ans.

Les Russes, arborant leurs bras travaillés dans les salles de sport et démontrant leur maîtrise du combat de rue, représentent la nouvelle génération du hooliganisme, toujours plus déconnecté du contexte footballistique, plus entraîné, plus dangereux.

Pour paraphraser Clausewitz, le sport semble être la continuation de la guerre par d’autres moyens. Une guerre que, désormais, les jeunes de Marseille ont entamée. Mais, surtout, ne le dites pas trop haut. Les chants anglais sont là pour couvrir la réalité.

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