Brèves - Justice - Supplément - 20 août 2013

Le gouvernement de nouveau au chevet de Marseille

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) – Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls sont attendus ce mardi à Marseille, au lendemain d’un nouveau règlement de comptes mortel dans les quartiers nord de la ville et presque un an après la mise en place d’une “stratégie globale” pour y enrayer la violence.

Le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur devraient annoncer de nouvelles mesures. Treize personnes ont été tuées dans les Bouches-du-Rhône depuis le début de l’année, dont 11 à Marseille.

En 2012, 24 règlements de comptes mortels ont eu lieu dans le département, dont 18 à Marseille, la plupart sur fond de rivalités autour du trafic de stupéfiants.

Le 6 septembre 2012, Jean-Marc Ayrault, avait annoncé une “stratégie globale” pour faire de Marseille une métropole de dimension européenne, enrayer la violence endémique et permettre à l’agglomération de “repartir de l’avant”.

“Depuis un an, à part quelques policiers supplémentaires, on n’a rien eu”, a dit mardi à Reuters la sénatrice PS de Marseille Samia Ghali. “J’interpelle solennellement le Premier ministre pour lui demander d’apporter les moyens nécessaires pour tirer la ville vers le haut. Sans cela, on n’y arrivera pas.”

L’élue socialiste, qui avait demandé l’intervention de l’armée il y a un an, réclame aujourd’hui des “mesures concrètes”, notamment une “contractualisation entre la ville de Marseille et l’Etat pour désenclaver une cité coupée en deux” et des actions pour lutter contre le décrochage scolaire qui touche selon elle un jeune sur deux dans certains quartiers.

“Les enfants ne sont plus dans l’école de la République, mais dans l’école du crime. Il y a un terreau dangereux pour cette ville abandonnée depuis trente ans par la gauche comme par la droite”, ajoute-t-elle.

PAS DE ZONE DE NON DROIT

Le dossier marseillais, qui constitue un test pour une majorité souvent accusée de laxisme par la droite, est suffisamment préoccupant pour contraindre Manuel Valls à effectuer une deuxième visite en moins d’une semaine.

Le ministre de l’Intérieur devrait annoncer des moyens supplémentaires pour la police marseillaise, notamment la police judiciaire, pour enquêter sur les trafics au coeur des cités.

“C’est bien pour les services d’investigations, mais ce sont des policiers que l’on ne verra pas au coin des rues. Il manque encore 300 policiers de terrain à Marseille”, regrette Jean-Marie Allemand, délégué du syndicat Alliance police nationale.

Ce nouveau déplacement ministériel intervient après une série de faits divers qui ont ensanglanté le pavé marseillais ces derniers jours : la mort d’un étudiant poignardé au centre ville, celle d’un homme de 18 ans victime d’une rixe et un nouveau règlement de compte mortel dans les quartiers nord.

“Il y a de l’insécurité à Marseille. Aucune ville de France, ni même d’Europe n’a enregistré 11 morts et 9 blessés graves dans des règlements de comptes”, poursuit Jean-Marie Allemand.

“Il n’y a pas de zone de non droit à Marseille mais cela ne sert à rien d’entrer dans des cités pour en ressortir avec des véhicules cassés et des fonctionnaires blessés.”

Marseille compte une quarantaine de cités sensibles qui généreraient chacune des bénéfices de l’ordre de 40.000 euros par jour, essentiellement à travers les revenus du trafic de drogue et d’armes.

DIVERGENCES POLICIERS-MAGISTRATS

Les 230 policiers et gendarmes arrivés en renfort et la mise en place de deux zones de sécurité prioritaire (ZSP) dans les quartiers sud et nord de la ville ne sont pas jugés suffisants par les élus locaux comme par les syndicats de policiers pour assurer la sécurité 24 heures sur 24.

Devant la persistance de la violence, le maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, a réclamé le placement de l’ensemble de la ville en ZSP. Une demande reprise sans plus de succès par le président PS de la communauté urbaine de Marseille, Eugène Caselli, et qui devrait de nouveau être repoussée mardi par le ministre de l’Intérieur.

Manuel Valls a affirmé mercredi dernier que la délinquance baissait à Marseille dans tous les domaines. Il s’est appuyé sur des chiffres qui, sur les sept premiers mois de l’année, montrent des baisses pouvant atteindre plus de 17% dans le cas des vols avec violences.

Seuls les vols à main armée sont en augmentation de 3,39% par rapport à l’année dernière, a-t-il concédé.

“Les chiffres, on leur fait dire ce que l’on veut. La réalité est que les gens déposent de moins en moins plainte car ils pensent que cela ne sert à rien”, estime Jean-Marie Allemand.

Le délégué syndical met également en exergue la “coupure existante entre le ministère de l’Intérieur et celui de la Justice, entre policiers et magistrats”.

Des divergences sur le terrain qui font écho à celles apparues entre le ministre de l’Intérieur et son homologue de la Justice alors que le projet de loi sur la réforme pénale doit être présenté en septembre.

édité par Patrick Vignal

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