"Le prix de la paix, c'est l'effort de guerre." C'est par cette formule sans équivoque que le général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées (CEMA), a voulu tirer la sonnette d'alarme quant à la situation budgétaire dans laquelle se trouvent nos militaires à l'heure actuelle. Pour bien comprendre sa courageuse démarche, il faut se rappeler que la consolidation d'un budget, afin de répondre aux enjeux opérationnels et humains visés dans le cadre d'une mission - en l'occurrence la nationale -, tient compte de trois critères fondamentaux.

Le premier est la bonne réalisation du budget précédent (n-1) : il faut s'assurer qu'il n'y aura pas de reports de susceptibles d'être imputées à l'année en cours. Le second, le recouvrement de l'ensemble des crédits prévus, y compris les éventuelles ressources exceptionnelles. Enfin, le troisième, l'absence de coupes budgétaires imprévues qui pénaliseraient financièrement l'ensemble des programmes et hypothéqueraient donc leur réalisation. Sur ce dernier point, il convient de constater qu'il est extrêmement rare, en fin d'année, que de telles restrictions ne soient pas imposées aux différentes administrations. Il s'ensuit un dernier trimestre souvent difficile à boucler pour les services, et des reports de paiements sur l'année suivante.

En s'exprimant dans la presse, le CEMA n'a fait que rappeler les éléments qu'il avait déjà évoqués devant les députés et les sénateurs lors de la discussion sur la loi de finance pour 2016. Ainsi déclarait-il déjà que, compte tenu de l'importance des missions dévolues à nos armées, le budget qui leur était consacré était "taillé au plus juste". Et il ajoutait :

Quelle que soit la programmation budgétaire initiale, quelles que soient les déclarations d'intentions, je crains toujours le grignotage progressif en gestion des ressources financières. Il nous faut des ressources selon le calendrier prévu. Il faut que la réalisation soit conforme à l'intention.

Une prise de parole, par interposés, d'un très haut responsable militaire n'est jamais bon signe. Ainsi, malgré la volonté de temporiser et les déclarations "rassurantes" du président de la République, il y a fort à parier que la ligne blanche a été franchie, et que les ressources attendues et indispensables pour nos armées ne seront pas au rendez-vous.

Cette réalité, si elle se confirmait, signifierait donc une nouvelle baisse de nos capacités opérationnelles, une obsolescence accrue de nombreux matériels déjà très (trop) sollicités et de nouveaux risques de déséquilibre entre les prétentions diplomatiques de la et sa capacité à les concrétiser sur le terrain.

Ainsi, après les cris de détresse de nos policiers qui, eux, n'ont pas la chance d'être commandés par un homme d'honneur mais par un technocrate politisé (d'où la nécessité de remettre un policier à la tête de la police), voici l'appel de nos militaires à la vigilance par la voix du plus gradé de leurs chefs.

Malgré les risques qu'il prend, il n'hésite pas à mettre nos brillants gouvernants face à leurs contradictions répétées. Il rappelle qu'il ne suffit pas de faire de grandes déclarations pour dire que la est en guerre, et que cette guerre sera longue et dangereuse pour tous les Français, mais qu'il faut aussi se donner les moyens de cette guerre et avoir le courage de passer des paroles aux actes.

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22 décembre 2016

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