Editoriaux - 23 mars 2015

Le gel de la construction de mosquées ? Un principe de précaution

Marine Le Pen n’a jamais fait de “déclaration de guerre aux musulmans”, n’en déplaise au ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. En revanche, elle annonce sans autre forme de procès vouloir mener un combat contre le “fondamentalisme islamique”.

Et, réagissant à un rapport du sénateur UDI Hervé Maurey – lequel s’inquiète des insuffisances de la loi de 1905 face à la question du financement des lieux de culte par les collectivités locales dont il dénonce l’absence de transparence –, la présidente du Front national réclame purement et simplement le gel de la construction des mosquées.

Il faut dire que de cinq en 1965, de 913 en 1985, leur nombre, d’après Le Figaro du 20 février dernier, se porte à 2.502 en 2015, gérées en association type 1901. Parmi elles, toujours selon Le Figaro, 89 sont déjà sous influence salafiste, et 41 autres sont aujourd’hui déstabilisées par ce que les experts appellent “les attaques salafistes”

Mais pour Bernard Cazeneuve, “la radicalisation ne se fait que très marginalement dans la fréquentation des mosquées”. On se demande alors pourquoi l’État tient tant à doubler le nombre de diplômes universitaires (passant de six à douze) visant à former des imams « aux principes de la République »  si la mosquée ne représente (presque) pas de danger. Mais si l’État accède au désir de Dalil Boubakeur d’en doubler le nombre, on comprend mieux.

Il faut dire que les méthodes de radicalisation dans les mosquées se révèlent assez pointues. Elle sont mises en œuvre par des religieux, plutôt jeunes, et bien au fait de la stratégie à adopter. Structurés – parfois conseillés par des avocats -, leur démarche consiste à ouvrir des salles de prière ou des écoles ultra-orthodoxes tout à côté du lieu de culte ciblé, dans lesquelles se rendront des fidèles curieux. Le poisson ferré, ils lui distillent leurs doctrines radicales tout en alimentant des rumeurs, comme celle de la prétendue mauvaise gestion de leur mosquée habituelle. De fil en aiguille, le but recherché est atteint, qui conduit à l’éviction de l’imam en place, et à la prise de contrôle du bureau qui gérait initialement la mosquée.

Alors, Bernard Cazeneuve fait preuve d’une bien mauvaise foi en accusant Marine Le Pen de ne pas chercher “les solutions mais les problèmes” : à problème radical, solution momentanément radicale, car ce n’est pas l’instance de dialogue pas plus que “l’excellence dans la formation des imams” – lesquelles prendront beaucoup de temps, et pour quels résultats, à court terme ? – qui empêcheront 1.100 djihadistes ou affiliés (pour l’année 2014) de partir en Syrie ou en Irak, ni le risque zéro d’attentats sur place.

En outre, pour Bernard Cazeneuve – qui ne doit pas être au courant de toutes les lois votées sur le sujet -, “la loi n’interdit pas aux musulmanes de porter le voile dans la rue ni sur les plage”, et “prôner le djihad n’est pas un délit” ». Au moment où le gouvernement brandit la laïcité à tout bout de champ, et quand l’alerte terroriste est à son apogée, la communication du gouvernement n’est pas vraiment rassurante.

Mais Marine Le Pen veut supprimer le financement étranger des mosquées ? Marine Le Pen veut geler la construction de mosquée ? Des décisions à la hauteur d’un chef d’État responsable, éclairées à l’aune du principe de précaution.

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