Culture - Editoriaux - Histoire - Société - Table - 2 janvier 2015

Le gay de l’année victime de discrimination !

Le 28 décembre, dans les allées de la rédac’ de Têtu, le mensuel homo, le pigiste de base a dû serrer les fesses : Matthieu Chartraire a été élu plus beau gay de l’année par les lecteurs. Propre sur lui, le gaillard avait tout pour plaire. Mais il y a un – gros – bémol.

Rappelons que l’élégant jeune homme, déjà “gay du mois” en mai dernier, a remporté le suffrage de l’année avec une large avance sur ses adversaires : 30 % contre 19 pour le second.

Jusque-là, tout va bien. D’autant plus que dans son interview de présentation, on peut lire que Matthieu “vend des yaourts dans les magasins” et “vit avec une petite chienne, Lohan” ; lors de ses loisirs, il prend la pose avec des “photographes passionnés”. Rien de bien méchant. Sirotant tranquillos son jus de carotte bio, le bobogay découvre même que le lauréat du concours milite “depuis l’âge de 13 ans contre la détresse du monde” et est devenu végétarien à 16 ans. Portrait idéal du beau gosse parfumé à la moraline, entouré de haricots verts et de concombres livrés en circuit court.

Mais le gugusse est malheureusement séduit par les odeurs nauséabondes : “C’est vrai que certaines de mes idées font que je me sens plus proche du FN que de tous les partis qui nous dirigent depuis vingt ans et qui sont dans un déclin total”, confie-t-il à Libération.

Un monde s’écroule, décidément. Le temps où tout était en noir et blanc, homos à gauche, hétéros à droite, prend fin brutalement. Le vice-président du FN lui même est gay, le conseiller culture de Marine Le Pen s’appelle Karim, les femmes pullulent dans les jeunes troupes “d’extrême droite”… Où sont passés les bons vieux skinheads à batte de baseball ? Pour le militant progressiste, l’histoire emprunte un sens interdit redoutable. Les images se brouillent, l’ennemi se fond dans la foule, comme un poisson dans l’eau.

Matthieu Chartraire est le symbole de cette bataille culturelle perdue pour la gauche. Et l’heureux élu ne se prive pas pour mordre la main nourricière : “Têtu est un magazine gauchiste. Forcément, que je sois élu Mister Gay, cela ne leur fait aujourd’hui pas plaisir. Mais, en même temps, m’exclure comme le voulaient des lecteurs aurait été aussi une forme de discrimination. […] Moi, je suis une personne avant tout, je ne suis pas qu’une orientation sexuelle. Je n’ai aucune envie de porter à bout de bras le FN, je ne partage pas toutes ses idées, son histoire n’est pas idéale, mais mon quotidien me fait dire que j’ai cette sympathie.”

Les dirigeants du mensuel homo ne s’y referont plus prendre. Désormais, “une charte de déontologie” sera proposée pour le concours 2015 ainsi qu’une “modification des règles d’élection de Mister Gay”. En gros, les candidats devront affirmer leur positionnement à gauche et le vote des lecteurs sera sous haute surveillance. Embrigadés dans une RDA virtuelle, à l’ombre d’un nouveau mur antifasciste, les gays devront marcher au pas…

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