Editoriaux - 25 mars 2013

Le Front national ? Ils ne pensent qu’à ça !

Une blague de Toto. En classe, la maîtresse entreprend d’expliquer aux élèves ce qu’est une association d’idées. Pour rendre cette complexe notion plus accessible aux chères têtes blondes (la blague est ancienne et date donc d’une époque où les têtes étaient de cette couleur-là…), elle sort un mouchoir de sa poche. « Ça vous fait penser à quoi ? » Gérard : « Un rhume. » « Très bien, Gérard. » Elle se tourne vers Bernard : « Et toi ? » « Un départ en colo quand ma mère agite son mouchoir sur le quai de la gare. » « Bravo, Bernard. » Toto lève le doigt. Un peu surprise, car Toto est le cancre de la classe, la maîtresse lui donne la parole. « Bon, et toi, à quoi cela te fait-il penser ? » « Au cul ! » Scandalisée, la maîtresse l’interpelle : « Et pourquoi donc ? » « Parce que je ne pense qu’à ça ! »

Ils sont nombreux ceux qui, comme Toto, ne pensent qu’à ça. Non, non, pas au cul. Mais au Front national. Ce dernier est en effet passé du statut peu enviable de bête immonde à celui de la « bêtequimonte ». Politologues, sociologues, sondeurs, journalistes font ainsi profession de scruter en permanence la progression des idées du FN et de ses résultats électoraux. Ils sont fascinés comme le lapin attendant que le cobra le dévore, affolés comme les papillons de nuit attirés par la lampe qui va les brûler. Les questions qui les tourmentent ressemblent aux litanies dont les moulins à prières des moines tibétains se sont fait une spécialité. Jérôme Cahuzac démissionne ? C’est bon pour le FN ! Sarkozy est mis en examen ? Ça va servir le parti de Marine le Pen ! Le tonnerre de l’Oise après le tonnerre de Dreux ? Et voici revenu le spectre affreux de 2002 quand, Jospin éliminé, le candidat de l’extrême droite (Jean-Marie Le Pen) se retrouva face au candidat de droite (Jacques Chirac).

Les docteurs Diafoirus, plus haut cités, y vont chacun de leur thérapie pour guérir l’homme malade que serait devenue la France. Une saignée ! Non, un lavement ! Un Front Républicain ! Un cordon sanitaire pour isoler le pestiféré ! Un barrage antifasciste ! Ainsi jouent-ils à se faire peur.

Quelques rappels historiques devraient pourtant inciter à soigner non pas la France mais les obsédés. En 1986, par la volonté de François Mitterrand qui instaura la proportionnelle dans le but inavoué d’affaiblir la droite, 35 députés FN firent leur entrée à l’Assemblée nationale. La démocratie trembla-t-elle alors sur ses bases ? Le Premier ministre, Jacques Chirac, fut-il empêché de gouverner ? Les élus lepénistes ont-ils laissé des traces impérissables de leurs talents oratoires et de leurs propositions de loi liberticides ?

Plus loin dans le passé, après la Libération et pendant plus qu’un quart de siècle, un autre parti, le PC, rassembla les suffrages d’environ 25 % des Français. Et ce n’était pas de la gnognote comparé au FN. Ce parti-là (j’ai eu pour lui suffisamment de tendresse pour être dispensé du reproche de faire l’amalgame avec la formation de Marine Le Pen) était adossé à un immense et menaçant empire : l’URSS. La France, une partie d’elle en tout cas, le rejetait avec force. Elle a vécu avec. Et lui a survécu.

La « bêtequimonte » montera sans doute encore. Peut-être même atteindra-t-elle les 25 % du Parti communiste français. Et puis ? Et puis rien. Le FN a des cadres, des militants, des élus locaux. Ils aspirent – c’est dans la nature humaine – à exercer des fonctions de pouvoir. Ici et là, ils tendront la main à l’UMP. Ici et là, l’UMP leur ouvrira les bras. Ils se pacseront sans doute. Se marieront peut-être et auront — qui sait ? — beaucoup d’enfants. Et puis ? Et puis – répétons-le –, rien. La Terre continuera à tourner. Et la France à vivre.

Les Diafoirus feraient bien de s’intéresser à autre chose plutôt que de continuer à crier au grand méchant loup. Il y a en effet un pauvre petit loup qui devrait, pour changer, mobiliser toute leur attention. Il est décharné, affaibli et tient à peine sur ses pattes : la « bêtequidescend ». Il s’agit du Parti socialiste. Voilà un moribond, qui, lui, a vraiment besoin qu’on le soigne.

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