Editoriaux - Société - Table - 22 juillet 2016

Le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme en surchauffe ?

Le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI) est un système unique au monde, mis en place en 1986 suite aux attentats des rues Copernic et Marbeuf.

Devant ces actes horribles, mais ciblés et encore exceptionnels à l’époque, ce fut l’honneur de la France d’estimer que les victimes de ces criminels morts, en fuite ou insolvables devaient être indemnisées par la communauté nationale. On instaura donc un système abondé par une taxe de 4,30 € prélevée sur chacun des 80 millions de contrats d’assurance de biens. Personne n’imaginait, alors, qu’un terrorisme de masse aveugle et répétitif se développerait trente ans plus tard.

Un récent article du Point cite Françoise Rudetzki, présidente de SOS Attentats, qui constate que pour la seule année 2015, 4.200 demandes d’indemnisations ont été déposées, soit presque autant que sur les 28 années qui ont suivi sa création ! Néanmoins, le porte-parole du FGTI assure que son organisme, qui dispose de 1,3 milliard d’euros, reste en mesure d’assurer sa mission. Selon Les Échos, les seuls attentats du 13 novembre 2015 (Bataclan et terrasses de cafés) ont justifié plus de 2.800 demandes, dont les indemnités pourraient se chiffrer à 350 millions d’euros.

Mais pour les victimes, les choses ne vont jamais assez vite, et le système est trop complexe. Or, c’est pratiquement inévitable. Il faut d’abord prouver que l’on était bien sur les lieux de l’attentat (imaginez la difficulté pour la promenade des Anglais).

Ensuite, les experts médicaux ne peuvent évaluer une séquelle physique ou psychique que quand elle est consolidée, c’est-à-dire qu’elle n’évolue plus ni en bien ni en mal ; ce qui peut prendre des mois, voire des années. Par ailleurs certains ignorent parfois qu’ils sont des victimes psychiques : ils « prennent sur eux » pendant des mois, avant de s’effondrer mentalement sous l’effet du stress post-traumatique, dont les séquelles ne seront reliées à l’événement dramatique que bien plus tard.

Enfin, il y a les ayants droit des personnes décédées (conjoint, enfants, parents, grands-parents, petits-enfants, frères et sœurs), auprès desquels l’argent ne ramènera pas l’être cher, mais fait au moins reconnaître les souffrances par la société. Et chacune de ces victimes doit négocier personnellement le montant de son indemnisation. Cela fait beaucoup de travail à beaucoup de monde, et on peut se demander si la taxe actuelle y suffira longtemps. Quant à la mission du FGTI, elle ne semble, hélas, pas près de tomber en désuétude…

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