Editoriaux - Médias - 18 décembre 2016

Le FN n’est pas plus divisé que les autres partis

Le FN est “au bord de l’implosion”, paraît-il… C’est, du moins, ce que titrent les médias depuis quelques jours, alléchés par des rumeurs de divisions au sein des rangs frontistes.

La crise remonte à la semaine dernière : lorsque Florian Philippot, interrogé sur les propos de Marion Maréchal-Le Pen qui avait dénoncé la “banalisation de l’avortement”, a clarifié la position du FN et démenti toute opposition à l’IVG, décrivant les opposants à l’avortement comme “seuls et isolés”. Il n’en fallait pas plus pour que cela fût interprété comme une pique destinée à l’élue vauclusienne.

Non contents de glaner rumeurs et bruits de couloir, certains médias ont eu l’idée d’en inventer, à l’instar du Canard enchaîné selon qui Philippot aurait dit à Jean-Jacques Bourdin qu’il ferait “fermer sa gueule” à “cette conne” de Marion… Malgré le double démenti de Philippot et de Bourdin, la rumeur persiste : le FN serait en proie à une “guerre civile”.

Après un bref regard sur l’état du PS et des Républicains, on en vient rapidement à relativiser l’ampleur des divisons au FN. Sept candidats à la primaire de la droite et du centre, autant à celle de la gauche, trahisons et reniements, coups fourrés, querelles d’ego, batailles pour un poste et injures à peine voilées… Triste spectacle de chiffonniers que nous offrent les partis dominants.

A-t-on parlé de “guerre civile” entre Républicains lors de la polémique sur l’identité heureuse ou après les attaques ad hominem dont la primaire fut prolifique ? A-t-on évoqué une “implosion” du PS lorsque Najat Vallaud-Belkacem et Manuel Valls se sont écharpés à propos du burkini ou de la déchéance de la nationalité ? Voilà des dissensions bougrement plus graves que les différences de sensibilités sur l’IVG.

Le fait est qu’aucun désaccord frontal n’a été exprimé par Marion Maréchal-Le Pen quant à la ligne du FN : elle a exprimé une conviction personnelle qui n’engage qu’elle. Là où Philippot parle aux nationalistes de gauche, Marion s’adresse à ceux de droite.

Non, le FN n’est pas plus divisé que la droite ou la gauche. C’est tout l’inverse : la ligne majoritaire a toujours été plébiscitée depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti. Notons qu’il n’y a pas eu de guerre Gollnisch-Le Pen en 2011, le premier ayant admis loyalement sa défaite, contrairement à ce qui devait arriver un an plus tard à l’UMP. Il n’y a pas, non plus, de “frondeurs”. Même ceux qui ont frondé en 1998 reviennent aujourd’hui vers Marine Le Pen.

Au contraire des autres partis, le FN est celui qui paraît le plus uni : pas de primaires, pas de bataille de chefs, pas de “courants” contraires, à la différence des LR-PS… Les médias avaient, d’ailleurs, souvent reproché au FN d’être “fermé” au débat interne. Les mêmes sont là à parler de “rupture” et d’« implosion » dès que deux personnalités frontistes expriment un avis légèrement différent sur des sujets les plus minimes. On serait presque tenté d’y voir un désir de semer la discorde…

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