[...] Depuis quelque temps, sur un registre infiniment surprenant, notre Premier ministre [s'est] attaché à démontrer que le FN, dont la République n'a pas interdit l'existence, serait en un ennemi intérieur.

[...] Le a déclaré : "L'extrême ne mérite pas la France. Je n'ai qu'un adversaire, la n'a qu'un adversaire..." puis, aussi, "Le FN est l'adversaire principal de la gauche et du pays". Par ailleurs : "Le FN n'aime pas la ni la démocratie" (cité par Guillaume Tabard).

Personne n'a vraiment réagi à ces propos que j'ai trouvé étranges.

[...] La charge de Manuel Valls, même à l'encontre d'un parti politiquement détesté, est tout de même outrancière, qui l'exclut, implicitement ou explicitement, de la dont il relève et à laquelle il appartient autant que toutes les autres composantes de notre vie nationale.

Quel aplomb il convient d'avoir pour jeter ainsi un anathème suprême sur des opposants certes honnis mais que personne n'a la moindre légitimité pour chasser, même symboliquement, de leur pays !

Cet ostracisme qui dépasse, et de très loin, la vigueur respectable des affrontements républicains me semble révélateur d'une attitude assez typique chez Manuel Valls, que le problème se rapporte à Dieudonné ou à une situation politique non maîtrisable : inquiet, convaincu mais se sentant désarmé, il abuse de l'outrance et d'extrémités qui ne montrent pas sa force mais sa faiblesse face à la montée de l'extrême droite.

Marine Le Pen, en le jugeant "inaudible et paniqué", n'a pas tort, en tout cas pour le second qualificatif.

Cette violence qui prétend priver, par le discours, une part importante de ses citoyens de leur pays, en prétendant les distinguer, eux qui seraient acceptables, de leurs chefs qui seraient indignes, est d'autant plus choquante si on veut bien avoir un peu de culture historique.

Dans les pires moments de notre Histoire, quand le Parti communiste (PC) était totalement inféodé à l'URSS, jamais les militants communistes n'ont été ainsi stigmatisés. Imaginons le tollé si on avait eu le culot de les pourfendre, eux et la bureaucratie du PC soumise à l'étranger, en estimant qu'ils ne méritaient pas la France !

Le Premier ministre [...] aurait dû en l'occurrence se montrer d'autant plus vigilant et mesuré que ce FN abhorré a vu son ampleur croître, d'abord à cause de la médiocrité désespérante d'une politique qui, sous toutes ses facettes, est incapable de retenir ceux qui la désertent et ont envie d'essayer une dernière corde à l'arc républicain. Aussi peu fiable et porteuse d'avenir qu'elle apparaisse.

Mais, surtout, parce que le FN, comme l'a excellemment déclaré Gérald Darmanin, n'est pas né ex nihilo. Ce dernier, qui a qualifié drôlement Manuel Valls et Marine Le Pen de Dupont et Dupond, a souligné que "si le FN est prospère, c'est dans les coins socialistes...". Manuel Valls serait bien avisé, pour combattre le FN, sur le plan seulement politique, de ne pas cracher sur d'anciens électeurs socialistes et communistes, donc sur sa propre famille en allée par vagues.

De ne pas feindre d'oublier que ce parti a construit principalement sa réussite sur un terreau constitué des frustrations et des exclusions que la gauche a suscitées sans avoir jamais su comment les apaiser.

Le FN, en France, n'est pas l'ennemi de la France.

Mais de la gauche, de la classique. Il va puiser avec une habileté remarquable, parce que dans l'opposition tout lui est permis, dans l'immense vivier que le délaissement des politiques traditionnelles et la défiance à l'égard de la chose publique a ouvert. Au pouvoir, la réalité ferait évidemment exploser ces virtualités démagogiques, contradictoires et jugées plausibles à raison même de leur abstraction commode.

[...]

Extrait de : Le FN : l'ennemi intérieur ?

1478 vues

3 mars 2015

Partager

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.