Il y a bientôt un mois, Manuel Valls rencontrait le président algérien Bouteflika. Fier de cet exploit, le se hâtait aussitôt de faire connaître son fait d’armes via un tweet pétaradant : échanges économiques, humains et sécurité - la relation franco-algérienne est forte, historique et stratégique. Afin de prouver la véracité de cette rencontre, une photo était jointe au message. Aucun doute ne pouvait subsister : Manuel Valls avait bien rencontré l’énergumène. Le cliché faisait foi. Sans aucun trucage, sans aucune ficelle pour tenir les bras, rien dans les poches, rien dans les manches, l’homme tenait assis tout seul. Hourah ! Ovation du public… Mais polémique de l’autre côté de la Méditerranée. Montrer le dirigeant l’air hagard et la mâchoire pendant jusqu’à terre offusquait les dignitaires et relançait la délicate question de la succession du moribond. Sujet fâcheux.

Alors que tout le monde pensait le soufflé retombé, voilà que le 3 mai, Amar Saïdani, le secrétaire du FLN, émergeant sans doute d’une hibernation prolongée, décidait de remettre une couche en accusant Manuel Valls d’avoir voulu se venger du président algérien parce qu’il n’avait pas obtenu les contrats qu’il était venu chercher. Contrairement aux apparences, la photo serait donc possiblement truquée. Matignon aurait mis en scène la mauvaise santé du président en lui demandant de prendre l’air du gars mal en point. Sans aller jusqu’à imaginer telle machination, il est vrai que Manuel Valls aurait pu refermer la bouche de son hôte avant la prise du cliché. Un bouton-poussoir placé sur le côté de la mâchoire permettait cette manœuvre, mais peut-on reprocher au Premier ministre français de ne pas avoir lu la notice ?

Face à tant de mauvaise foi, plutôt qu’un silence poli, Matignon entre dans le jeu et prend la peine de téléphoner à l’homologue algérien pour « s’expliquer », précise Le Parisien. Expliquer quoi ? En réalité, la très grande faute du gouvernement français est d’avoir envoyé un Premier ministre en bonne santé qui dénote aux côtés du grabataire. Manuel Valls se devait, évidemment, d’arriver en chaise roulante, bavant et tremblotant. À l’unisson avec le président algérien. Visite de malade à malade, échange de médicaments, présentations du personnel médical. Le gouvernement français ne comprend rien du tout à la diplomatie algérienne.

Les instances du FLN maintiennent au pouvoir un président déglingué par un AVC en 2013 et s’offusquent qu’il ait l’air malade sur les photos. Faudra-t-il aller discuter avec lui lorsqu’il sera mort et faire comme s’il était en pleine forme ?

Les Français ont élu François Hollande et ne s’offusquent pas de le voir benêt sur les photos… ils se sont habitués. Manquerait plus qu’il tombe malade.

5 mai 2016

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