Culture - Editoriaux - Politique - Religion - Sport - 5 mars 2016

Le fait colognial

Il est évident – et c’est heureux – que l’immense majorité des fidèles de la religion prêchée par Mahomet il y a treize siècles ne sont pas des adeptes de Daech, mais il n’est pas niable – et les premiers concernés sont aussi les premiers à le proclamer – que les dirigeants et les adeptes de Daech se réclament de cette religion et de ce prophète au nom duquel ils s’autorisent à assassiner ceux qui ne partagent pas leur interprétation très particulière de son Livre saint.

Il est parfaitement abusif d’assimiler l’islam que prêchent d’innombrables imams et que pratiquent près d’un milliard et demi d’êtres humains et l’islamisme radical tel qu’il sévit et se déchaîne aujourd’hui à travers le monde musulman et non musulman, mais l’islamisme radical, qu’on le reconnaisse ou non, est bien l’enfant bâtard, criminel et dégénéré de l’islam.

Même dans les pays soumis à l’islam le plus rigoureux et le plus obtus, le viol en réunion n’est pas un sport aussi populaire et aussi anodin que le cricket ou le football, mais il n’est que trop vrai qu’il existe une filiation très claire, de cause à effet, entre l’idée et l’image que la civilisation et la culture musulmanes se font de la femme, de ses droits et de ses devoirs, et l’usage que les hommes en font.

Les comportements de la foule masculine sur la place Tahrir, au Caire, lors du printemps de 2011, et ceux d’un certain nombre d’immigrés de religion musulmane et d’origine arabe qui ont fêté la Saint-Sylvestre d’une curieuse façon, le 31 décembre au soir, devant la gare de Cologne, traduisent assez crûment et leur misère sexuelle et le mélange détonant de peur, de mépris et de convoitise bestiale que leur inspire la femme, la femme occidentale, la femme libre, la femme égale.

Pour l’avoir dit et écrit en homme qui sait de qui et de quoi il parle, l’écrivain algérien Kamel Daoud, déjà condamné à mort par les intégristes dans son pays où il continue courageusement à vivre et à publier, a également encouru de la part d’une vingtaine de sociologues, universitaires et idéologues une fatwa à laquelle il ne s’attendait sans doute pas. Le Monde et Libération avaient donné, il y a un mois, le plus large écho à un texte de ce collectif qui prenait sans ambages, au nom de l’antiracisme et de la spécificité propre à chaque culture, le parti de l’obscurantisme contre les Lumières, des supposés violeurs contre les prétendues violées et de l’Orient humilié contre l’Occident coupable, forcément coupable.

Cette trahison des clercs avait écœuré Kamel Daoud au point qu’il avait annoncé son intention de ne plus commenter l’actualité, de se retirer sous sa tente et de se consacrer pleinement à la littérature, loin des chiens, des loups, des hommes et des imbéciles. Les témoignages de solidarité reçus de nombreux journalistes français – quand même – et même, il faut le signaler, du Premier ministre l’ont incité, semble-t-il, à revenir sur sa décision.

Mais voici qu’avant-hier dans Le Monde, la bêtise à front de taureau reprend la parole et revient à la charge. Présentée comme une anthropologue franco-tunisienne, une dame Jocelyne – c’est son côté français – Dakhlia – c’est son côté obscur -, déjà signataire du collectif précédemment paru, renoue avec le déni de réalité qui avait été la première réaction des autorités policières et politiques locales, et souligne que les faits de Cologne sont loin d’être établis. Le seraient-ils, poursuit-elle sans faiblir, “la population des réfugiés compte, comme toute population, son lot de sales types et il n’y a pas lieu de demander aux étrangers d’être meilleurs que nous ne sommes”. Autrement dit, il ne s’est rien passé sur les bords du Rhin dans la soirée du Nouvel An ou, s’il s’est passé quelque chose, rien d’autre que ce qui se passe quotidiennement dans nos stades, sur nos plages et nos champs de foire. Ah bon…

Libération, hier matin, vole à la rescousse d’une aussi pertinente anthropologue. On ne peut encore, selon un “géographe spécialiste” (spécialiste du viol, de la Rhénanie, de l’enfumage ?), Yves Raibaud, saisir ce qui s’est réellement passé à Cologne dans toute sa complexité, mais ces faits “impliquent de façon implacable le patriarcat, le capitalisme et le racisme”… envers les musulmans ! Et le sociologue, apparemment spécialisé lui aussi, Ramón Grosfoguel, de l’université de Berkeley, de mettre l’accent sur la colonialité, “matrice invisible, jamais nommée, mais qui construit nos subjectivités et nos manières d’agir”… Comprenne qui pourra.

Les incidents de Cologne seraient donc en définitive, à supposer qu’ils aient eu lieu, un fait colognial. Le maréchal Bugeaud, le cardinal Lavigerie, le docteur Schweitzer et Albert Camus bénéficieront-ils du statut avantageux de témoins assistés ? Seront-ils mis en examen dans l’attente de la condamnation exemplaire, qui ne saurait tarder ? Le 31 décembre dernier, le colonialisme a encore frappé à Cologne. Et voilà pourquoi votre fille est violée.

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