Nous entrons dans le souvenir des terribles mois de Mars, dieu de la guerre sous les romains, mois des tueries franco-françaises de 1962, prolongées en 1963.

26 mars 1962 : massacre de la rue d’Isly par l’ française, j’y reviendrai plus longuement dans 15 jours, si BV le permet. 11 mars 1963 : fusillade du colonel Jean Marie Bastien-Thiry par un peloton de l’armée française dans les fossés du fort d’Ivry. C’était il y a exactement 51 ans.

On sait que Bastien-Thiry était ce colonel polytechnicien ingénieur militaire en chef de l’Air et concepteur des missiles SS10 et SS11, qui organisa l’attentat raté contre de Gaulle, le 22 août 1962 au Petit-Clamart. Arrêté peu après, il fut jugé au fort de Vincennes et condamné à par la Cour militaire de justice qui avait pourtant été déclarée illégale par l’arrêt du Conseil d’État du 19 octobre 1962, au motif qu’elle portait atteinte aux principes généraux du droit, notamment par l’absence de tout recours contre ses décisions.

refusa la grâce de ce chrétien exemplaire qui l’avait ridiculisé au cours de son procès. Arrivé sur les lieux de son exécution, Bastien-Thiry marcha vers le poteau en égrenant son chapelet, le visage calme et serein. Il refusa qu’on lui bande les yeux, voulant regarder la mort « en face ».

Les historiens s’accordent à peu près, aujourd’hui, sur le bilan de la guerre d’Algérie : de 700.000 à 750.000 morts. Plus de 95.000 tués par an (260 par jour !), pendant 7 ans et 8 mois de guerre. La toute dernière victime (recensée et connue) de cette guerre terrible et fratricide sera le Colonel Jean-Marie Bastien-Thiry, 34 ans, passé par les armes au fort d’Ivry le 11 mars 1963.

Ainsi, un an après le cessez le feu, l’ aura accepté de prolonger la tuerie en trouvant dans ses rangs 4 sous-officiers, 4 caporaux et 4 soldats, plus le gradé qui a donné le coup de grâce et l’officier qui a commandé le peloton d’exécution (avant lui, 18 autres s’étaient quand même récusés). J’ai cherché le nom de ce parfait gentilhomme pour le citer, en vain.
Cette exécution politique qui a fait une veuve et trois orphelines est la dernière qu’ait connue la France à ce jour. Elle fut saluée à l’époque comme une action nécessaire par bien des gens qui, depuis, sont devenus de farouches adversaires de la peine de mort.

L’une des filles du fusillé a raconté dans un livre sa quête pour « retrouver » un père qu’elle n’avait pratiquement pas connu. J’ai eu l’occasion de rencontrer sa veuve plus de trente ans après (elle est décédée depuis), j’ai cru voir une crucifiée vivante qui m’a beaucoup ému.

9 mars 2014

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