Depuis mars 2014, le juge fédéral Sergio Moro enquête sur un système de corruption et de blanchiment d’argent, “Lava Jato”, qui implique une vingtaine d’entreprises de construction qui se répartissaient tous les contrats de Petrobras, l’entreprise nationale pétrolière du . L’affaire judiciaire a commencé à prendre de l’ampleur quand une cinquantaine de politiciens furent concernés, dont José Dirceu, ex-ministre et chef de cabinet de Lula, des dirigeants du Parti des travailleurs, fondé par Lula, et Lula lui-même.

Luiz Inácio Lula da Silva, né en 1945 dans une famille pauvre, devient, à la fin des années 1970, le dirigeant du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, puis il fonde le Parti des travailleurs, d’obédience trotskiste ; il sera élu président du Brésil de 2003 à 2010, après trois tentatives. En 2009, il est l’homme de l’année pour Le Monde et El País, le quotidien espagnol de Madrid. Selon le magazine Time, il est, en 2010, le dirigeant le plus influent.

Il laisse le pouvoir en 2011 à Dilma Rousseff, membre de son parti. Aujourd’hui, il se retrouve accusé formellement d’enrichissement illicite, de blanchiment d’argent et de falsifications de documents.

Le 3 mars 2016, premier épisode du scandale. Lula est convoqué pour être entendu dans un commissariat de São Paulo pour enrichissement illégal : il aurait reçu des millions de dollars de la part d’entreprises brésiliennes, et voyageait dans les avions privés de ces entreprises. Il doit donc expliquer au juge l’origine de cet argent.

Deuxième épisode du scandale “Lava Jato”. Marcelo Odebrecht, président de l’entreprise de travaux publics Odebrecht, est condamné à 19 ans de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Il s’agit d’une des principales entreprises du Brésil, avec de nombreux contrats internationaux, et très proche de Lula. Il était de notoriété publique, au Venezuela, qu’Odebrecht avait obtenu le contrat d’entretien du métro de Caracas par Chávez qui en avait été “remercié” ; Lula avait téléphoné directement à Chávez pour favoriser Odebrecht.

Le père de Marcelo, Emilio Odebrecht, a déclaré à la revue Epoca qu’il faudrait “prévoir trois cellules de plus, pour lui, Dilma et Lula”.

Dilma Rousseff, elle-même confrontée à un processus de destitution, sent le danger et nomme Lula ministre de son gouvernement le 11 mars : ministre de la Présidence, le plus important du cabinet présidentiel. Trois millions de personnes protestent, le 13 mars, dans les rues des principales villes du pays, demandant la démission de Dilma Rousseff et la prison pour Lula.

Le jour de l’investiture de Lula comme ministre, le 17 mars, un juge fédéral suspend la nomination. Lula est resté 40 minutes en fonction ; mais la présidente demande au Tribunal suprême d’annuler la décision du juge. D’autre part, une commission de députés est nommée pour évaluer la demande de destitution de Dilma Rousseff.

Le Brésil est un pays divisé : le Parti des travailleurs et les syndicats se rassemblent pour défendre Lula et Dilma Rousseff alors que la majorité se mobilise pour obtenir le départ de la présidente et la prison pour l’ex-président. À suivre…

À lire aussi

La crise au Venezuela oblige Cuba à demander du pétrole à la Russie

Le Venezuela ne peut plus assurer aussi généreusement qu’il le faisait, du temps de Chávez…