Editoriaux - Médias - Politique - 5 décembre 2016

Le changement : après les Présidents, leurs Premiers ministres…

Tous les sondages nous le disaient depuis des mois — et une fois n’est pas coutume, ils disaient vrai —, les Français veulent le changement. Donc, ils ne voulaient plus ni de Hollande ni de Sarkozy. Le second n’a pas su le comprendre, il s’est obstiné, il a connu une défaite cinglante aux primaires de la droite et du centre. Le premier, voyant la déroute de son prédécesseur, et peu enclin à recevoir la même punition, l’a si bien compris qu’il a renoncé à se présenter. Et depuis que tout le monde sait qu’il s’en va, sa basse cote de popularité ne cesse de grimper !

C’est que les Français voulaient un renouvellement du personnel politique, ils ne voulaient pas d’un duel entre les deux anciens Présidents. Aussi sont-ils en train de préparer un duel entre les deux anciens Premiers ministres.

À la primaire de la droite et du centre, où les Français ont payé deux euros pour pouvoir voter, inaugurant ainsi, après le stationnement payant, les WC à pièces et les péages des bretelles d’autoroute, le concept de taxe sur le vote citoyen, ces Français, donc, ont chassé l’ancien président Nicolas Sarkozy pour mettre à la place son Premier ministre : un changement radical, une vraie révolution ! Et pour l’UMPS/LR, 18 millions d’engrangés dans les caisses. Mieux que le casino…

À gauche, et grâce au renoncement solennel du président Hollande, que d’aucuns – depuis qu’il nous a fait cette dernière blagounette -, surtout ceux à qui il a dégagé la voie électorale, qualifient de grand homme d’État, Tartarin Valls, qui piaffait d’impatience comme un cheval du tiercé sur la ligne de départ de Longchamp au temps de Léon Zitrone, s’est immédiatement déclaré candidat aux primaires de l’électorathlon socialiste. Les Français choisiront-ils sans payer deux euros le Premier ministre de celui qui sera l’ancien Président ? C’est bien possible, si l’on en croit les premiers sondages !

De Gaulle, grand homme d’État et qui faisait souvent preuve d’une belle lucidité concernant ses compatriotes, disait des Français qu’ils étaient des veaux ; et il n’avait pas tout à fait tort, il faut bien l’admettre. Car, de même qu’il est prêt à payer deux euros pour aller voter, ou pour garer sa voiture une demi-heure, plus encore pour se faire flasher à 52 km/h, de même qu’il est le contribuable le plus tanné de la planète, le veau français adore, plus généralement et notamment dans le domaine politique, qu’on le prenne pour un c… Et pour ce faire, lorsqu’il n’en peut plus et qu’il veut du changement, il remplace le Président par son Premier ministre. Un peu comme dans les aventures d’Iznogoud, le vizir de bande dessinée qui veut être calife à la place du calife. Mais lui n’y arrive jamais, alors qu’avec les veaux français, et grâce à leur désir de changement, l’ancien Premier ministre remplace toujours le Président !

Et les médias, qui ne sont jamais en reste dès qu’il s’agit de commenter le néant, et de rendre le veau votant encore plus veau que son vote, en rajoutent du matin au soir dans le bouleversement, la nouveauté, la révolution que va être, en France, le remplacement d’un ancien Président par son Premier ministre. Marine Le Pen l’a d’ailleurs bien compris, qui parle de remplacement de l’acteur par sa doublure, censée toutefois ne pas avoir ses qualités ! Encore est-elle gentille car, au vu des qualités des acteurs/présidents en question, on imagine celles de leurs doublures !

Mais de Gaulle, dans son génie visionnaire, avait-il réalisé, en lançant cette métaphore agricole et fermière, combien les mystères du veau français sont insondables. Il faut le croire. Car, enfin, on ne peut raisonnablement espérer que le pays aille mieux en élisant les gens qui sont responsables de l’état de déliquescence où il se trouve. C’est le bon sens même. Mais les veaux français croient pourtant qu’en réélisant les mêmes, ils auront une politique différente. Ils auront, bien sûr, la même. Et après, constatant de visu le désastre, ils viendront râler comme des veaux !

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