Editoriaux - International - Internet - Radio - 20 avril 2015

Le calvaire interminable des habitants d’Alep

“Les habitants sont désespérés”, c’est le triste témoignage de sœur Marguerite Slim, de l’hôpital Saint-Louis d’Alep, recueilli par l’association française SOS Chrétiens d’Orient ce week-end…

Depuis trois semaines, les habitants de la deuxième ville syrienne sont privés d’eau, d’électricité et d’accès à Internet par les islamistes qui tiennent les alentours de la ville.

La vie se poursuit tant bien que mal grâce aux puits creusés et aux générateurs que les habitants parviennent à faire tourner : l’essence est devenue une denrée rare en raison des sanctions internationales d’une part et des difficultés qu’il y a désormais à rejoindre la ville par la seule route encore tenue par l’armée syrienne et régulièrement attaquée depuis la prise d’Idleb, ville voisine, par le front Al-Nosra. Cette branche syrienne d’Al-Qaïda qui faisait “du bon boulot en Syrie” selon Laurent Fabius il y a seulement quelques mois… Difficile de ne pas comprendre l’amertume des Syriens à l’égard de la France depuis le début de cette guerre.

La situation n’est pas nouvelle mais les groupes islamistes qui entourent la ville ont récemment redoublé d’ardeur dans leurs attaques. “Nous avions accepté et supporté que des obus de mortier tombent, mais maintenant, avec les missiles et donc une destruction massive de ces quartiers, c’est une vraie menace pour les populations. À travers votre radio, je lance un appel à Sa Sainteté : il faut bouger !”, suppliait, la semaine dernière, le frère Georges Sabé, de la communauté mariste d’Alep, au micro de Radio Vatican.

Les islamistes envoyaient régulièrement des obus sur la ville, ils ont profité des fêtes de Pâques pour viser deux quartiers chrétiens de la ville avec des missiles… “Il n’y a presque plus aucun habitant dans ces quartiers, ils ont tous fui vers des endroits plus calmes… À Lattaquié ou Tartous”, poursuit sœur Marguerite. Autour de la ville, une grosse dizaine de factions différentes terrorisent les habitants, aucune trace de « rebelles modérés »…

Leurs moyens semblent illimités et les évêques de la ville (qui sont plusieurs en raison des différentes communautés chrétiennes de la ville) dénonçaient, la semaine dernière, l’approvisionnement de ces « rebelles » dans un appel lancé à la communauté internationale : “Assez de désolation et de destruction ! Assez d’être un laboratoire d’armes de guerre dévastatrices ! Nous sommes fatigués ! Verrouillez les portes des armements et des munitions, arrêtez la fourniture des instruments de mort ! Nous sommes fatigués !”

La complicité turque ne fait plus aucun doute pour les habitants de la ville, qui accusent également l’Occident: “Vous avez armé n’importe qui en Syrie, il y a bien longtemps que les Syriens savent qu’il n’y a plus de rebelles “modérés””, confiait, en janvier dernier, une jeune Alépine chrétienne, les larmes aux yeux : “Nous ne comprenons plus ce qui se passe en Syrie, nous voulons simplement vivre !”

Depuis des mois, des chrétiens quittaient la ville par peur de l’avenir. Aujourd’hui, plus que jamais, leur survie est menacée : “Si les rebelles gagnent la bataille d’Alep, nous sommes tous morts”, confiait le père Janji, curé d’Alep, à Aleteia cette semaine.

En guerre depuis trois ans, Alep a changé de visage. Les islamistes qui encerclent la ville rendent la vie des trois millions d’habitants impossible : plusieurs entrepôts, situés en banlieue, ont été pillés et les commerçants ne peuvent plus travailler, les coupures d’eau et d’électricité, les obus et maintenant les missiles empêchent les habitants d’espérer.

“Il ne nous reste plus que Dieu”, conclut Sœur Marguerite Slim, “et il est parfois si difficile d’avoir confiance…”

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