Editoriaux - Religion - 28 août 2016

Le burkini est-il soluble dans le ridicule ?

En août, le Sud connait la bête estivale. Beaucoup la voient : une hyène, d’autres fois un serpent, ou bien un tigre, bref, quelque chose de terrible mais d’indéfinissable qui terrorise les touristes. Et nos braves pandores se mobilisent, hélicoptère et pataugas, vérifient les ménageries des cirques et, bien sûr, ne trouvent rien. La France respire. Cette année, c’est sur la surface de peau à exhiber pour garantir l’adhésion aux valeurs républicaines que l’excitation aoûtienne s’est crispée. Comme l’écrit Philippe Randa dans Eurolibertés : “Le maillot de bain serait donc l’un des emblèmes républicains : plus il serait réduit, plus il renforcerait les valeurs républicaines ; dans ce cas, les naturistes ne seraient-ils pas les plus grands défenseurs des valeurs républicaines ?”

Arrêté, recours, référé suspensif, conseil d’État ! Fichtre ! Là où il faut deux ans pour une décision, tout s’est noué cette fois en trois semaines. Mais la nation était en danger et l’on ne peut que louer la réactivité des juges face au péril. Un blâme, cependant, pour les premiers : n’importe quel étudiant débutant savait que les arrêtés municipaux anti-burkini étaient illégaux. Avoir suivi les élus dans leur délire démontre, de la part des juges de première instance, soit un sérieux manque de formation, soit une crainte pathétique de l’opinion. Bref : nos coreligionnaires musulmanes pourront donc continuer de se baigner tout habillées, comme tout le monde… au XIXe siècle.

Les musulmans, une fois de plus, jouent la provoc’. Et une fois de plus, nous tombons dans le panneau. Imaginons un instant que le Conseil d’État ait suivi. Les musulmans passaient pour des victimes, tout remontait au juge européen, la France était évidemment condamnée, le peu de terrain compassionnel gagné côté musulman à la suite de l’abject assassinat du père Jacques Hamel était reperdu, ce qui était sans doute l’un des objectifs du fameux Collectif contre l’islamophobie (dont il serait peut-être judicieux d’analyser qui est derrière). Et puis, pourquoi toujours s’en prendre aux femmes ? À défaut de pouvoir interdire les soutanes qui ont disparu (ce qui aurait été, pourtant, bien pour démontrer notre souci d’équité laïque), interdisons les barbes, interdisons les chaussettes rentrées et les pantalons saute-ruisseau, autre tenue ridicule.

De grâce, laissons faire ! Laissons donc le ridicule opérer. C’est notre meilleure arme. Ces femmes en noir sous un soleil de plomb, entourées de filles en short, sont ridicules. Ces baigneuses tout habillées au milieu des bikinis ou, plus encore, des monokinis (surtout le promouvoir, puisque le sein est aussi la pointe des valeurs républicaines), sont grotesques. Au fait, pourquoi une telle crainte de la nudité ? Tous les musulmans savent fort bien que cet interdit n’est pas une prescription ontologique de la charia. Il faut la rapporter à la crainte et à l’honneur. En islam, l’épouse est la totale propriété de son mari. Il doit la nourrir et, surtout, défendre son honneur et le sien, si d’aventure un autre homme la regarde. Comme le mari ne peut pas passer son temps à se battre (déjà qu’il y a le djihad, sans compter tous ces infidèles qui sont un vrai souci), il convient de la cacher, ce qui évite bien des tracas et permet, finalement, de la libérer sans la cantonner à la maison. Et, au passage, rappelons par souci d’objectivité que la pire des religions sur cette question de la nudité n’est pas l’islam mais la loi mosaïque.

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